Equipe:
Durée: 168‘
Genre:
Date de sortie: 24/06/1997
Cotation: oo (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Les souffrances de l'Afrique non montrées par un Raymond Depardon en proie aux doutes.

Notre critique:

Devant un documentaire comme AFRIQUES…, il n’y a que deux attitudes possibles. Soit on accepte la démarche du réalisateur, soit on la rejette en bloc. Avec un peu de tristesse mêlée à beaucoup de colère, l’auteur de ces lignes penche irrémédiablement vers la seconde.

C’est un fait, Raymond Depardon connaît bien l’Afrique. A travers 2h48 d’images brutes, il affirme, de manière fort louable, vouloir montrer toutes les blessures qui meurtrissent le continent. En même temps, il entend faire partager ses peurs, ses doutes et ses souvenirs personnels.

Mais dès le début quelque chose cloche. Un lent panoramique nous fait découvrir une plaine sud-africaine en bordure de ville. C’est un peu délabré, il y a quelques passants. Rien n’accroche l’oeil, pourtant l’image dure de longues minutes. La voix de Depardon vient commenter cette vue énervante à force d’être anodine: il nous dit qu’ailleurs l’apartheid a malgré tout laissé des traces; qu’ailleurs, il y a une délinquance violente; qu’ailleurs, on souffre; qu’ailleurs, tout simplement, il se passe quelque chose. Et à l’image: rien!

Ce qui pourrait n’être qu’une faute de goût passagère se répète encore et encore. Car c’est ça la démarche du film: il se passe des choses en Afrique, mais Raymond Depardon l’avoue (il le répète à l’envi), il a peur d’aller les voir. Donc il ne montre rien. On atteint le néant cosmique lorsque l’objectif calé sur le lit de sa chambre d’hôtel pendant cinq minutes, il annonce qu’au Rwanda, on se massacre, et qu’il n’ira pas filmer là-bas parce qu’il doute! On pourra admirer le courage de sa démarche: aaaah, quelqu’un qui ose avouer sa lâcheté! On pourra surtout lui rappeler qu’il est fort malhonnête de prendre un continent entier en otage pour y parvenir.

Dans les rares moments où il se passe effectivement quelque chose, Raymond Depardon bousille tout. Par exemple, il explore un hôpital-mouroir en plein centre de l’Afrique; il montre des lépreux, des malades mentaux, etc… des images terrifiantes, dérangeantes, criantes de vérités. Pourquoi diable se sent-il obligé d’expliquer en voix off qu’il a filmé ces images en plan-séquence parce qu’il voulait exprimer le temps, la durée, parce que sa démarche est comme ceci…? Devant l’incarnation-même de la douleur africaine, il ne parvient pas à regarder autre chose que son nombril.

Avec son affiche couverte de « j’ai voulu faire ceci, j’ai voulu dire cela », avec son commentaire lancinant farci de « j’ai peur » et de « je doute », AFRIQUES… COMMENT CA VA AVEC LA DOULEUR? est une gigantesque fumisterie autocomplaisante qui porte très mal son titre. Elle aurait dû s’appeler RAYMOND… COMMENT CA VA AVEC TA DEPRIME?

A propos de l'auteur

Christophe Bruynix
Journaliste

Lorsqu'il ne gère pas la présence web de ses clients, Christophe Bruynix dévore de la fiction sous toutes ses formes. Le temps restant, il photographie, médite, soulève des poids lourds, se débat contre un "régime flexible" (fichus carbs), et il imite très bien Godzilla.