Equipe:
Genre:
Date de sortie: 11/03/2003
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Charlie Kaufman, scénariste solitaire, tente d'adapter un roman. Il ne voit pas comment rester fidèle au livre tout en respectant certaines règles scénaristiques. Il pense prendre contact avec l'auteur : Susan Orlean, une femme déçue par son mariage et amoureuse du héros de son livre…

Notre critique:

ADAPTATION. n’est ni un film ni deux mais bien une petite dizaine compactée en un seul. C’est un ouvrage touffu, immensément dense qui prend comme point de départ la fuite.

Devant l’incapacité de traduire en langage cinématographique un livre sur les fleurs et la passion (amoureuse), le (vrai) scénariste Charlie Kaufman a pris la poudre d’escampette et les chemins de traverse. Lui qui ne se supporte pas, n’arrive pas à vivre avec sa calvitie, entretient une timidité maladive et voit dans les blockbusters l’incarnation du mal suprême, va se créer un double, un jumeau antinomique, qui au propre comme au figuré, va l’aider à boucler la boucle. De ces contraires naît un des plus grands films schizophréniques sur la création. Mais loin de se cantonner dans son petit coin, il offre de multiples regards sur ce qui fait la vie comme le sexe, la passion, l’amour…

La page blanche et son effroyable sensation occupent les premières scènes. Celles-ci se déroulent en parallèle avec la reconstitution de la genèse du livre et de la rencontre de l’écrivain avec un voleur d’orchidées. D’un coup, un seul, Charlie Kaufman a des soubresauts de génie et nous récite le début du film que l’on est occupé à regarder mais très vite il se retrouve dans une impasse et n’entraperçoit d’autre solution que de demander l’aide de son faux frère jumeau. Donald Kaufman s’empresse d’éclairer sa lanterne en l’envoyant suivre un séminaire d’un gourou de l’écriture scénaristique. Il y apprend que si le dernier tiers de son scénario multiplie les rebondissements, il aura un bon film. Tels sont les préceptes adoptés par Donald dont le premier scénar vient d’être acheté à prix d’or. Qu’a cela ne tienne, Charlie est tellement dans la panade que Donald va devoir aider activement l’auteur de BEING JOHN MALKOVICH. La mise en abîme se complexifie et pousse le jusqu’au-boutisme dans ces derniers retranchements. Alors que l’histoire de l’adaptation se conclut, puisque nous en voyons le résultat, le scénario semble avoir changé de main. La folie est proche! L’application de la règle susmentionnée prend le pas. La cadence s’accélère. ça y est, on est en plein délire et pourtant on touche au génie!

Le principe de cette mise en abîme vertigineuse est orchestré par Spike Jonze. En réalisateur complice de son/ses scénariste(s), il sait ménager ses effets, calmer le jeu quand la compréhension est primordiale et péter un câble lorsque les images peuvent s’affoler. Le rythme est soutenu voire exténuant. On vit la course contre l’écriture de l’intérieur. Les traumatismes transpirent de l’écran relayés par un double Cage parfait comme jamais : des errances de Charlie sur le plateau de tournage de BEING JOHN MALKOVICH à sa recherche d’échappatoire devant sa machine a écrire en passant par Donald expliquant que la poursuite finale de son film symbolise le combat entre les chevaux et les moteurs, entre la technologie et l’animal. ADAPTATION. est une oeuvre foisonnante, un passionnant feu d’artifice d’idées vertigineuses symbolisant l’état d’esprit d’un créateur aussi génial que fou à moins que ce ne soit le contraire. Un bonheur cérébral à rendre muet!

P.S. : la réalité a, cette fois encore, dépassé la fiction puisque pour la première fois une personne fictive vient d’être nominée dans la catégorie meilleure adaptation. Et voilà notre boucle bouclée!

A propos de l'auteur

Journaliste