Titre français: Les Pleins Pouvoirs

Equipe: Clint Eastwood, Ed Harris, Gene Hackman, Scott Glenn, William Goldman
Durée: 121‘
Genre:
Date de sortie: 20/05/1997
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Luther Wihthney est un ancien militaire bardé de médailles reconverti dans la cambriole grand luxe. Mais la retraite approche et le bougre a oublié de cotiser. Il décide donc de commettre un dernier larcin chez un riche industriel dont la fortune n'a d'égale que l'influence qu'il exerce sur le monde politique. Malheureusement, le mécène vieillissant est cocu et bientôt veuf. Le cambrioleur devient le seul spectateur d'un "snuff-movie" dont l'acteur principal n'est autre que le président of the United-States himself. Après avoir été témoin, il devient suspect et se trouve impliqué dans un imbroglio pas possible.

Notre critique:

Avant d’oser me permettre de « critiquer » un film de Clint Eastwood, il faut que je vous fasse part d’une infime partie de mon histoire.
Bidibulle est un véritable martyre qui ne doit d’avoir survécu à une éducation Jésuite (en internat du genre « arbeid mach freï ») que grâce à son amour immodéré pour le cinéma… Le cinéma en boîte, certes, mais la banlieue provinciale, dont est issu Bidibulle, n’offrait que très peu de complexes méga-wide-multi-screen-en-THX…
C’est donc en vidéo, entre le vendredi soir et le dimanche matin, que votre serviteur s’est envoyé tout ce qui se fait en matière d’images qui bougent… Et c’est à cette époque qu’entre CANNIBAL HOLOCAUST et LES RATS DE MANHATTAN, Bidibulle découvrait DIRTY HARRY… et Clint Eastwood, auquel il voua un amour presque coupable.

Les années ont passé et Bidibulle a grandi… Le plus remarquable, c’est que l’acteur qui fascinait simplement l’adolescent en quête de modèle devint un cinéaste mature qu’il ne fallait plus aduler mais comprendre. L’homme sans nom devint le dernier des géants de cette fin de siècle cinématographeuse. De THE OUTLAW JOSEY WALES à A BRIDGE TO MADISON COUNTY en passant par HONKYTONK MAN, BRONCO BILLY, PALE RIDER et BIRD, QUI osera prétendre à Bidibulle que Clint Eastwood n’est pas un très grand faiseur d’histoire… qu’il se présente… Make my day… Bidibulle vénère le sieur Bois de l’Est. La vision d’ABSOLUTE POWER fut dès lors l’occasion de trois jours de ripailles recueillies. Loin d’être déçus, Bidibulle comprend son modèle… et il s’explique…

Après IN THE LINE OF FIRE, Eastwood se plonge à nouveau dans le thriller politico-policier. Il faut bien dire que l’histoire est un peu cousue de fil blanc. Le scénario de William Goldman (MARATHON MAN, LES HOMMES DU PRESIDENT…) n’est pas tout à fait noeud mais les ressorts de l’histoire sont un peu légers. Le réalisateur ne semble s’intéresser vraiment qu’à ses personnages. Il se réserve le rôle de l’Arsène Lupin pensionné et prend plaisir à le faire évoluer dans une toile tissée par des personnages comme Gene Hackman, Ed Harris ou Scott Glenn… des tronches quoi!!! Clint Eastwood s’amuse avec les règles qui furent imposées par Alfred Hitchcock… Il rend crédible une histoire rocambolesque en la faisant vivre par des personnages emminements humains. A 67 ans, il est très amusant de voir l’acteur Eastwood s’affubler de postiches grisonnants et de lunettes à courte focale.

Le justicier qui brandissait des flingues garguantuesques en priant le ciel de pouvoir lâcher la purée est devenu un gentleman placide qu’il ne faut pas faire ch… Il prend de la bouteille, l’ami Bois de l’Est, et ça l’amuse de le faire remarquer (la confrontation de Eastwood avec Ed Harris, dans le snack, est succulente). L’homme semble se débarasser un peu plus de ses certitudes… du costume de celui qui sort son pétard parce qu’il a raison. Il doute, et depuis UNFORGIVEN, ces doutes deviennent envahissants… La famille, la rédemption, la vie rangée… des thèmes qui torturaient le Charlie Parker de BIRD et qui hantent certainement le Luther Whithney de ABSOLUTE POWER. Et le réalisateur filme ces angoisses avec une sobriété contrôlée qui fait que le spectateur ne regarde pas un film de plus mais participe à un bout d’existence. Eastwood se moque des invraissemblances tant qu’elles participent à une crédibilité générale. C’est ce qui étonne le plus… un fond sans cesse enrichi servit par une forme maîtrisée à l’extrême. Peut-être est-ce pour préserver cette homogénéité que Clint Eastwood s’entoure, à chaque film, de la même équipe… Une famille de cinéma dans laquelle l’homme peut se consacrer sereinement à la substance d’une Histoire en étant compris tout de suite par ceux qui l’entourent. « Je travaille depuis tellement longtemps avec Clint que nous n’avons plus besoin de nous parler pour nous comprendre. Nous avons trouvé des automatismes presque absolus. Et je peux vous dire que ça fait du bien de retrouver Clint régulièrement. Avant ABSOLUTE POWER, j’ai travaillé sur TWISTER. Je ne peux pas dire que je me sois amusé tous les jours. Quand on traverse souvent comme moi ce grand désert créatif que représente le cinéma américain, on s’aperçoit très vite que les types comme Clint font office de palmier et que ses films sont de vraies oasis. »* Ainsi parle Jack Green, fidèle chef op’ de Eastwood depuis HEARTBREAK RIDGE. A-t-on jamais entendu plus beau compliment à l’encontre d’un réalisateur?

Même si ABSOLUTE POWER n’est pas à marquer d’une pierre blanche dans la filmographie de Clint Eastwood, il n’en reste pas moins admirable, tant il est vrai que chacun de ses films ne sont que le chapitre supplémentaire d’une seule et même oeuvre.

* in IMPACT n° 67, avril 1997

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