Titre français: A.I. Intelligence Artificielle

Equipe:
Durée: 145‘
Genre:
Date de sortie: 23/10/2001
(cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Alors que les robots sont intégrés à l’humanité, la dernière barrière à une intégration complète est, selon le professeur Hobby, l’absence d’amour chez ces créatures cybernétiques. Mais désormais, grâce à Cybertronics Manufacturing, la solution est là et se nomme David. David est un jeune garçon robot capable d'amour et d'émotions.
Pour tester cette nouveauté, le professeur Hobby et son équipe décident de placer David chez un employé de Cybertronics et son épouse dont l'unique enfant, malade en stade terminal, a été placé en caisson cryogénique. Mais la cohabitation, difficile au début, va petit à petit se révéler impossible...

Notre critique:

Sans aucun doute, A.I. a tout du projet difficile: film imaginé, mijoté et maintes fois remis à plus tard par Stanley Kubrick pendant plus de vingt années, film repris par Steven Spielberg voulant rendre hommage à un maître, film écrit par Spielberg qui n’avait plus rien rédigé comme scénario depuis 1977 (CLOSE ENCOUNTERS OF THE THIRD KIND) et enfin film d’effets spéciaux mais qui parle de l’humanité et du droit à la différence.

Stanley K.
Si le doute était sans conteste le moteur du perfectionnisme de Kubrick, c’est ce même doute qui a taraudé le maître au sujet de A.I. Après avoir racheté les droits de la nouvelle de Brian Aldiss à la fin des années 70, Kubrick s’est trouvé plusieurs fois coincé sur des points gênants de scénario. Il s’est aussi très vite rendu compte que les effets spéciaux au cinéma devraient considérablement s’améliorer avant d’avoir le rendu qu’il souhaitait. Au cours de ces vingt années, Stanley Kubrick a rencontré une douzaine de fois Steven Spielberg, évoquant avec lui les difficultés rencontrées et imaginant même produire le film pour Spielberg.

Steven S.
A la mort de Kubrick, Jan Harlan et Christiane Kubrick ont eu l’idée de confier le projet A.I. à Spielberg. Même si cette idée provient de la famille de Kubrick, on peut la trouver saugrenue tant les deux hommes avaient peu de choses en commun exception faite probablement d’un grand amour du cinéma comme moyen d’expression. De là une première remarque évidente et facile à faire: comment Spielberg a-t-il pu résoudre en quelques mois tous les problèmes rencontrés par Kubrick pendant deux décennies? Entre perfectionnisme et précipitation, il y a de la marge et il est certain que les années de réflexion que pouvait s’octroyer Kubrick n’ont rien de commun avec les pressions économiques du show biz auxquelles doit se plier un Spielberg.

Moi, Robot
Le relatif échec de A.I. aux Etats-Unis montre que le propos du film n’a visiblement pas la portée universelle qu’attendent les américains bon teint. Il est vrai que le thème est très délicat: la notion de robot et d’intelligence artificielle relevant d’un débat depuis maintenant plus de 30 années dans la communauté scientifique. Et évidemment, Brian Aldiss, en exploitant dans sa nouvelle la notion d’enfant-robot, met la barre encore plus haut au vu de ce que l’enfance représente pour nous tous. Et on comprend donc aisément que le stakhanoviste Kubrick, tentant de peaufiner sa démonstration mathématique sur le sujet, a dû rencontrer quelques problèmes. Et visiblement, Monsieur Spielberg n’a pas cherché à les résoudre, d’où des cassures dans le récit et des difficultés à boucler la boucle…

Hommage et dérapage
Dès la première minute, le spectateur kubrickophile aura compris que Spielberg a voulu rendre hommage à papa K. et pendant environ une heure, on se prend à croire que la métempsycose existe et que Steven en a fait les frais. Et puis voilà que tout d’un coup c’est une sorte d’ersatz de New York 1997 mâtiné des jeux du cirque qui nous frappe en pleine figure, comme si GATTACA se payait Ben Hur dans la salle d’entraînement des astronautes. Et là, en assistant à cette ‘Flesh Fair’, on crie au dérapage pendant près de quinze minutes en pensant (à tort ou à raison) que c’est quelque part par là que Stanley devait être coincé au niveau scénaristique… Entendons-nous bien: en soi cette partie n’est pas mauvaise, elle semble simplement sortie d’un autre film. Et si le récit reprend son cours ensuite, c’est pour mieux nous conduire vers une triple fin que le scénariste Spielberg aurait pu nous éviter en s’arrêtant à la première option. En gros, on se retrouve avec un film intéressant mais dont la trentaine de minutes en trop casse le rythme et le message.

Acteurs sans effets
Si les effets spéciaux sont la pierre angulaire du film, ils sont aussi ceux qui doivent se faire le plus oublier pendant le film. Et là Spielberg réussit plutôt bien son coup en s’adjoignant les talents d’un Stan Winston (ALIENS, JURASSIC PARK, TERMINATOR 2) ou d’un Michael Lantieri (HOOK, BACK TO THE FUTURE II). Et si les effets se font oublier, les acteurs hélas aussi un peu. Le côté mécanique obligatoire de certains d’entre eux (Jude Law dans son rôle de gigolo Joe ou Haley Joel Osment en enfant robot à la recherche des sentiments et de ses vrais géniteurs) semble avoir rejailli sur les humains et surtout sur Frances O’Connor ou Sam Robards qui sont plutôt effacés et manquent de consistance.

En définitive A.I. ne passera pas à la postérité et montre si besoin était la difficulté de reprendre des projets en cours. Au lieu d’avoir la démonstration parfaite qu’un Kubrick aurait menée à son terme rendant ainsi le théorème universel, on a l’ébauche d’un projet dont la portée ne risque pas d’être perçue par tous. Heureusement donc que le savoir-faire de Spielberg sauve quand même un film au sujet difficile, visionnaire et qui engendrera probablement d’autres films sur le même propos dans le futur.

A propos de l'auteur

Eric Van Cutsem
Rédacteur en chef/Journaliste

Journaliste indépendant dès 1989 qui, depuis cette époque, se pose toujours la question de savoir si il est journaliste, informaticien, biologiste ou ... extra-terrestre. Peut–être un peu tout ça pensent certains...