Titre français: 25th hour

Durée: 135‘
Genre:
Date de sortie: 08/04/2003
Cotation: **** (de ooo -restez chez vous- à **** -rdv de toute urgence au cinéma)

Dans 24 heures, Monty Brogan sera incarcéré pour 7 ans au pénitencier d'Otisville. Cet ex-caïd de la drogue, autrefois prince de Manhattan, s'apprête à dire adieu à la vie de fastes et de plaisirs qui l'avait également éloigné de ses proches. Pendant cette dernière journée de liberté et malgré la peur qui le gagne au fur et à mesure que l'heure du départ approche, Monty va essayer de faire le point sur son existence, de renouer des liens avec son père et avec ses deux anciens potes de lycée, Jakob et Slaugherty. Il va aussi retrouver Naturelle, sa petite amie qui l'a peut-être trahi et fait arrêter. Mais les minutes défilent et Monty doit faire des choix…

Depuis MALCOM X, voilà près de dix ans que Spike Lee enchaîne les films dans la quasi indifférence du public et de la critique, les uns lui reprochant de ne pas retrouver l’énergie et la force de DO THE RIGHT THING, les autres un peu lassés de le voir traiter les sempiternels problèmes de la communauté noire américaine de long en large et de large en travers. Il était grand temps que cette situation injuste change et c’est désormais chose faite avec 25TH HOUR qui une bonne fois pour toutes va mettre tout le monde d’accord. Spectateur nostalgique, chroniqueur bougon et autre public, quiconque aura fait l’expérience de ce film ne pourra plus croire à l’absence de talent et à la mise en scène mollassonne du petit réalisateur noir à la casquette.

Laissant de côté son militantisme habituel et les préoccupations des afro-américains, en décidant d’adapter le roman de David Benioff (également scénariste du film), 24 HEURES AVANT LA NUIT, Spike Lee signe ici sans doute l’un des plus gros électrochocs cinématographiques de l’année et probablement un nouveau chef d’œuvre. Polar au suspens haletant mais aussi peinture juste et intense de la complexité des rapports humains, en choisissant d’intégrer à son scénario les traces et les blessures laissées par le 11 septembre, il brise un tabou et ouvre une voie vers la réflexion et l’humilité. Derrière son personnage de Monty rempli de remords et de tristesse mais aussi de rage et de vengeance c’est aussi une partie de lui même qui erre comme une âme en peine dans ce New York encore sous le choc et qui jette un regard sans concessions sur une Amérique qu’il connaît bien.

Sans tomber dans le pathos ni la langue de bois, avec force et beaucoup de subtilité il filme le compte à rebours de cet homme détruit qui dit adieu à la liberté se rendant compte qu’il a bousillé sa vie. La peur au ventre, plongé dans le stress d’un enfermement imminent, c’est dans l’urgence que Monty va essayer une dernière fois d’aller au fond des choses, ne sachant plus que penser ou qui croire à mesure que les heures s’écoulent. Comment ne pas voir une métaphore entre le détresse de cet homme et le traumatisme d’une ville et d’une société. Lors d’un monologue incroyable (qui restera sans doute une scène culte) où face à son reflet dans le miroir, Monty crache son venin et vomit ses frustrations et ses regrets, adressant un « fuck you » intégral à l’ensemble des communautés new-yorkaises avant de s’en prendre à lui même, c’est tout un pays qui tente de digérer l’insurmontable et d’exorciser sa colère. Entre incompréhension et révolte mais aussi pardon et rédemption, les valeurs (famille, amitié) et les paradoxes se heurtent et se bousculent dans la tête de Monty comme sur le sol américain.

Parfaitement dosé, sans lourdeurs, ni louche de morale facile et manichéenne, 25th HOUR est un film admirablement construit et finement écrit. S’appuyant sur un casting impeccable (Philip Seymour Hoffman et Edward Norton prouvent une fois de plus l’étendue de leurs talents d’acteurs), jouant d’une façon resplendissante avec les sons et les images pour distiller les ambiances et les humeurs avec sobriété et justesse, cette « 25ème Heure » bouleverse et transperce le cœur. Déchirant et magnifique, le spleen qu’il réveille en nous n’a rien de gratuit mais plutôt un goût d’introspection et de maturité. A courir voir sans perdre une minute.

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Journaliste

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