Equipe: Anders Danielsen Lie, Jon Øigarden, Paul Greengrass, Thorbjørn Harr
Genre: Drame biographique
Date de sortie: 10/10/2018
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

En Norvège, le 22 juillet 2011, le terroriste d’extrême droite Anders Behring Breivik assassina 77 personnes assistant au camps de jeunes du parti travailliste sur l’île d’Utoya, en dehors d’Oslo. C’est une histoire en trois parties à propos des survivants de l’attaque, du pouvoir politique norvégien et des avocats impliqués.

Notre critique:

Norvège, 21 juillet 2011, Anders Behring Breivik prépare son van, le remplit d’explosifs et se met en route pour la maison de sa mère. Le lendemain, après avoir fait exploser son van dans le district du gouvernement tuant ainsi 8 personnes, il va se rendre sur l’île proche d’Utoya afin d’y tuer un maximum de jeunes assistant au camps du parti travailliste. Là-bas, il y aura 69 victimes. Sur Utoya, c’est l’élite de demain qui vient se former, se retrouver, s’épanouir. C’est cette future élite que Breivik a attaquée.

Avant de perpétrer son attaque, le terroriste norvégien a envoyé un manifeste de 1500 pages. Ce manifeste est une déclaration d’indépendance européenne, un manifeste contre le marxisme, les libéraux, qui prône la fin de l’immigration, la fin du gouvernement et autres idées chères à l’extrême droite. L’attaque de l’île en elle-même n’est pas très longue. Elle ne dure même pas vingt minutes. Si vous désirez voir ce qu’elle a pu être plus en détails, il faut vous tourner vers un autre film abordant le même événement, le film norvégien UTOYA 22. Ce qui intéresse Paul Greengrass, ce sont plutôt les événements qui ont suivis. C’est à dire, la réaction du gouvernement, son autocritique, les mesures qui ont été mises en place suite à la tragédie, l’impact que cela a eu sur la vie des avocats de Breivik, sur Breivik, mais aussi, et surtout, sur les victimes et leur entourage. L’attaque en elle-même intéresse finalement peu le réalisateur anglais. Elle sert avant tout à servir de contexte pour ensuite montrer les réactions des divers intervenants face à l’adversité. La scène de l’attaque peut choquer selon le degré de tolérance de chacun mais, dans l’ensemble, elle n’est pas très graphique. Le seul moment plus « trash » c’est celui où un étudiant, Vilijar, se prend plusieurs balles dans le corps mais, Greengrass a mis cela dans son film avec l’autorisation du survivant.

22 JULY est une démonstration. C’est la réaction d’un peuple et de ses institutions, celle de personnes meurtries, physiquement comme mentalement, mais aussi celle de personnes devant juste faire leur travail, c’est à dire offrir une défense correcte, dans le contexte de la loi, à un homme que tout le monde veut voir condamner. Le sujet des victimes a déjà été beaucoup exploité au cinéma mais Greengrass parvient à poser un regard un peu différent. Vilijar a un frère qui était aussi présent sur l’île à ses côtés. Son retour sera aussi difficile car l’attention des parents se portera principalement sur Vilijar dont la vie est en sursis. Le jeune frère a pourtant vécu un traumatisme énorme mais, comme les séquelles ne sont pas physiques, on l’oublie quelque peu. 22 JULY rend hommage à ses victimes parfois oubliées, celle dont on pense qu’elle n’on rien, qu’elles vont bien. Le regard qu’il pose aussi sur le gouvernement qui prend ses responsabilités, cherche à trouver les failles, sa remise en question, sa commission d’enquête est plutôt inédit également. C’est le genre d’aspect souvent évacué dans les films de ce genre et pourtant, c’est l’un des aspects les plus intéressants. C’est dans cette veine qu’est toute aussi intéressante l’histoire de l’avocat et ses confrontations avec Breivik. L’homme ne fait que son boulot mais cela pèse sur sa vie quotidienne, sur sa vie de famille, sur sa vie professionnelle.

Difficile de ne pas parler de Breivik lui-même. Avant toute chose, il faut saluer l’interprétation de son comédien, Anders Danielsen Lie. Il a tout de même une petite ressemblance avec l’homme le plus détesté de Norvège mais, le plus important, c’est qu’il parvient à donner froid dans le dos. Breivik est quelqu’un qui a toujours voulu tout contrôler, de son arrestation à son procès. Il avait des exigences ridicules comme la fin de l’immigration en échange de quoi il donnerait des informations sur la troisième attaque (qui n’a jamais existé). Tout est une question de manipulation. Son avocat voulait plaider la folie ce que, dans un premier temps, Breivik a accepté mais, a refusé par la suite. Cela lui aurait permis de ne pas aller en prison mais, pour faire bonne figure, Breivik a finalement voulu être jugé comme étant sain et parfaitement conscient des actes entrepris. Présenter Breivik ainsi était primordial pour Greengrass mais aussi les victimes car non, Breivik n’est pas un monstre, c’est un humain comme les autres. Montrer le visage du mal tel qu’il est est essentiel pour le combattre. Le cacher ne sert pas la cause. C’est pour cela que le célèbre salut nazi que Breivik a exécuté lors du démarrage de son procès est également montré.

Paul Greengrass était la personne la plus à même de transposer ces tragiques événements à l’écran, lui qui a déjà illustré le (sunday) BLOODY SUNDAY, le VOL 93 ou encore les actes de piraterie au large de la Somalie dans CAPTAIN PHILLIPS. Son style issu du monde du documentaire s’adapte parfaitement à ce genre d’environnement. On peut toutefois regretter un manque d’émotions ainsi que le fait que les arcs du premier ministre ainsi que celui de l’avocat auraient pu être encore plus développés. Il reste fort pour porter ses enjeux et messages. Il faut faire face à ses démons, s’unir et réagir correctement face à n’importe quel événement. Le message du multiculturalisme est également important puisqu’il est la raison pour laquelle Breivik a commis ces atrocités. Le film est porté par un impressionnant casting norvégien qui a joué en anglais. C’est une convention et ne gêne ni choque à aucun moment.

22 JULY n’est pas le meilleur film de Paul Greengrass mais c’est probablement l’un des plus importants car l’un des plus actuels, les plus ancrés dans le réel. Les réactions des divers intervenants dans cette affaire sont autant de leçons pour chacun d’entre nous. Cinématographiquement, Greengrass a déjà fait mieux et plus intéressant mais, rares sont les fois où le sujet avait tant de résonnance dans le monde d’aujourd’hui. Rien que pour cela, il fallait faire ce film. C’est sur Netflix que vous pourrez le découvrir ou, en salles si vous êtes chanceux.

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A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.