Titre français: 21 Grammes

Equipe:
Durée: 125‘
Genre:
Date de sortie: 10/02/2004
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Le professeur Paul Rivers souffre d'une maladie qui le condamne à mourir si on ne lui greffe pas rapidement un nouveau coeur. Sur l'insistance de sa femme Mary, de laquelle il s'éloigne, mais qui a toujours désiré avoir un enfant de lui, il accepte de donner du sperme pour une fécondation in vitro. De son côté, Jack est un ex-repris de justice qui, tentant de renoncer à la violence et à l'alcool, entreprend désormais d'aider de jeunes délinquants. Quant à Christina, ex-toxicomane, elle mène maintenant une vie heureuse avec son mari Michael et ses deux fillettes, jusqu'au jour où survient un terrible accident aux conséquences tragiques. Cet événement traumatisant affectera de diverses façons les destins de Paul, Jack et Christina.

Notre critique:

Après le fulgurant AMORES PERROS, on attendait le dernier film de Alejandro Gonzàlez Inàrritu (rien que son nom nous fait rêver!) avec excitation. La violence de ses propos et de sa mise en scène nous avait filé un solide coup de pied dans les parties, en nous révélant la face cachée d’un cinéma extrêmement couillu. Cet exemple retentissant de la grande forme du cinéma sud-américain s’est vite confirmé avec le formidable CIDADE DE DEUS de Fernando Mereilles ou encore le malin NUEVE REINAS dont les Américains ont mis en chantier le remake. Alors que dire de 21 GRAMS, première expérience de long métrage américain d’un cinéaste hors du commun?

Trois histoires croisées, narration complètement éclatée, situations fortes et… et… ben on répond… et alors! Certes, les points de départ sont bétonnés et soulèvent des tonnes de questions existentielles: le rapport à la mort, à la culpabilité, à la descente, à la foi… Certes, la forme est attrayante. Alejandro est loin d’être un manchot et sait parfaitement extraire une violence quotidienne des faits. Certes, la construction du puzzle est fascinante en soi, avec ses flash-backs, ses flash-forwards, etc… et alors!

Il ne flotte hélas sur 21 GRAMS qu’un sentiment d’artifices! Tout y très artificiel, manipulé, pour ne pas dire très hollywoodien. La structure narrative déforce le propos, ce jeu entretenu avec le spectateur ne sert absolument pas l’histoire. Et si les situations traversées par tous les personnages sont éminemment tragiques, elles ne sont pas mises en valeur et se voient exploitées de la plus plate manière qui soit.

Finalement, 21 GRAMS n’est en fait qu’un assemblage de vignettes façon roman-photo où chaque séquence met en évidence un fait ou un moment bien défini de l’émotion d’un personnage. Et ainsi vogue le film, accumulant fait après fait, exemple après exemple! Inàrritu nous compile le parfait petit catalogue du panel d’émotions que peut ressentir chacun des protagonistes dans son malheur. Les dialogues ne servent qu’à pointer le malaise développé dans chaque photomaton et ne rendent pas justice à ses personnages puisqu’ils ne les nourrissent pas. Le bon dialogue dissémine les infos à l’intérieur de l’anodin, ici tout est stipulé, affirmé, martelé pour que tout un chacun comprennent l’état précaire de l’être humain qui est à l’écran. Ses piètres mots sont servis par d’impeccables acteurs qui se limitent à illustrer le contexte de l’instant. Construction et séquençage des émotions empêchent les acteurs de passer d’une émotion à l’autre dans une même séquence. Tout y est découper, prémâcher, prêt à penser…

Si Alejandro Gonzàlez Inàrritu évite le jeu des violons et la surdose musicale, il nous sert chaud à souhait un panel d’émotions bien détouré dans de jolies petites barquettes bien séparées… Et alors? A vous de voir la sensation que vous aurez au sortir de la projection, mais le malaise persiste…

A propos de l'auteur

Journaliste