BEETLEJUICE BEETLEJUICE
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Jour J. 81e Mostra de Venise.

par Eric Van Cutsem
Publié: Dernière mise à jour le

28 août 2024, mercredi.

4 films au programme de ce jour sous un soleil de plomb avec la lagune qui est toujours aussi belle. Le festival de Venise a une particularité, il est à Venise. Tout est dit.

BEETLEJUICE BEETLEJUICE

9h00. Salle Darsena.

On l’attendait ce « jus de coccinelle », il devait venir de Bételgeuse mais il a mal atterri à Venise en hors compétition. Traduisez: le film de Tim Burton se révèle quelque peu décevant. BEETLEJUICE date de 1988 et même si il n’est sans doute pas le plus grand film de Tim Burton (de notre point de vue), il correspondait parfaitement à l’univers bien connu du réalisateur au niveau visuel et les nombreuses improvisations de Michael Keaton avaient fait le reste!

Pour cette suite, on retrouve quelques personnages bien connus comme Lydia (Winona Ryder) et sa mère Delia (Catherine O’Hara) et bien évidemment Beetlejuice, toujours au meilleur de sa forme avec un Michael Keaton en plein délire qui endosse à nouveau ce costume rayé noir et blanc. On retrouve aussi la musique de Danny Elfman, le compositeur presque attitré de Tim Burton. Le film commence plutôt bien avec l’exagération et l’invention qui lui sied. La reconstitution de Delores interprétée par Monica Belucci est un bon exemple de cela.

Mais peu à peu des longueurs font leur apparition et de petites faiblesses dans l’inventivité apparaissent tandis que l’on a quelque peu difficile à suivre une intrigue qui s’éparpille avec les effets en tout genre. On dirait finalement que Burton se perd un peu dans le plaisir de retrouver son univers délirant et veut en mettre tellement plein la vue qu’il en néglige sa trame.

Au final, on ne sort pas convaincu de ce BEETLEJUICE BEETLEJUICE. Il manque sans doute un Beetlejuice de plus pour qu’il apparaisse derrière cet écran de fumée de ce réalisateur, raconteur et créateur d’histoires qu’est Burton.

⭐️⭐️

NONOSTANTE (Feeling Better)

11h15. Salle Darsena.

Nonostante
NONOSTANTE

Et si une fois dans un état comateux, nous trainions sur terre et plus particulièrement dans les hôpitaux où se trouve notre corps dans l’attente de notre mort ou de notre retour à la vie… C’est là tout le pitch de ce NONOSTANTE, film italien qui ouvre cette année à Venise la section Orizzonti.

Si le pitch est un point de départ original, l’autre originalité du film réside surtout dans l’idée d’avoir imaginé que dans cet entre deux mondes, on puisse tomber amoureux. Et c’est ce qui arrive à une femme (Dolores Fonzi) et un homme (Valerio Mastandrea, qui réalise également le film) dans un hôpital.

Cet entre deux mondes avec ses règles, avec son fonctionnement à part, est évidemment un lieu où tout peut se passer, toutes les choses que l’on n’oserait pas dans la vie dire à un étranger ou une étrangère. C’est aussi un lieu éphémère qui peut s’arrêter d’un seul coup pour cause de mort ou de retour à la vie.

NONOSTANTE joue entre la nostalgie, la poésie mais ne convainc pas pour autant, car cette histoire d’amour dans le coma reste trop superficielle tandis que sa mise en scène « sent » un peu trop le téléfilm destiné à la RAI. L’émotion pointe souvent le bout de son nez sans pour autant imprégner tous les moments du récit.

C’est une fin ouverte qui vient clôturer le récit, laissant le spectateur choisir selon son degré d’optimisme ou de pessimisme ce qu’il arrivera aux deux amoureux transis.

⭐️⭐️

POOJA, SIR

19h30. Salle Casino.

POOJA, SIR fait partie de cette catégorie de films qui parlent d’une culture extrêmement spécifique qui nécessite à tout le moins une bonne connaissance de celle-ci pour en appréhender les subtilités. Réalisé par Deepak Raunyar, un népalais appartenant au groupe ethnique des Madhesi (dont une caractéristique est d’avoir une couleur de peau plus foncée), le film raconte la recherche par une femme policière venue de Katmandou de deux enfants kidnappés dans une région frontalière du Népal.

pooja, sir
POOJA, SIR

Même si l’on ne perçoit pas toutes les nuances culturelles népalaises, il est plutôt clair que le film va s’axer sur la difficulté d’une femme policière dans un état qui a encore beaucoup de mal avec les femmes dans ce type de métier et aussi sur la difficulté d’intégration des Madhesi au Népal où un vif ressentiment et un racisme est encore très présent.

Au-delà de cette difficulté culturelle, le film est intéressant dans ce sens que son traitement de l’enquête correspond assez bien avec ce que nous connaissons dans les films européens ou dans les films américains. Ce décalage accentue un peu plus le sentiment de ne pas saisir toutes les subtilités du pays: par moment on se sent à l’aise en voyant commen fonctionne l’enquête et l’instant d’après il nous manque une référence pour faire le lien entre deux non-dits par exemple.

Il n’empêche que le film ne manque pas d’intérêt, le premier pour nous occidentaux étant sans doute celui d’en apprendre plus sur le Népal et les groupes ethniques du lieu.

⭐️⭐️

QUIET LIFE

22h00. Salle Casino.

Depuis quelques années les films parlant d’immigrations en Europe et ailleurs se succèdent, soit sous forme de documentaire, soit sous forme de long métrage choc comme celui de Agniezka Holland (GREEN BORDER) ou celui de Matteo Garrone (IO CAPITANO). Souvent l’angle d’attaque reste le même avec une dénonciation de procédés tous plus ignobles les uns que les autres pour empêcher les migrants de franchir les frontières.

Avec QUIET LIFE, présenté dans la section Orizzonti à Venise, si l’on reste dans le registre de la migration, on change totalement de prisme et de point de vue. Ici on est en Suède, un de ces pays nordiques souvent qualifiés comme étant à la pointe en matière de social. Et l’on ne parle plus d’immigrés en provenance d’Afrique ou du moyen-orient mais d’un couple de russes qui ont fui leur pays suite à une violente attaque qu’a subi le père de la part du FSB.

Au lieu d’avoir des migrants sous une tente, marchant dans la boue sur des kilomètres de frontière avec des bagages lourds et improbables, on est ici dans une maison plutôt zen (voir froide) tenue parfaitement par une famille russe, Natalia et Sergei, les parents, Katja et Alina, les enfants, famille en attente de validation de l’immigration suédoise de leur permis de séjour.

Quiet Life
QUIET LIFE

Mais voilà l’administration suédoise semble émettre des doutes sur la raison de la fuite de la famille hors de Russie et donne un ultimatum à celle-ci pour éclaircir certains points. Et là c’est le dérapage. Ce merveilleux univers, très propre, calme et zen va se fissurer. Le doute va s’installer, le mensonge, la rétorsion, les menaces voire le chantage va devenir d’un côté comme de l’autre des armes enrobées d’une bienveillance hypocrite.

L’état social va faire place à l’état totalitaire avec ses abus et sa volonté inexpugnable de réguler ces nouveaux venus (la partie de réinsertion bienveillante par l’organisme en charge de les aider est à la fois fabuleuse et horrible).

Très bien maîtrisé par le réalisateur grec Alexandros Avranas, la mise en scène colle parfaitement avec le propos et même si le scénario n’évite pas certaines longueurs ou une fin qui pourra laisser sceptique plus d’un spectateur, QUIET LIFE est un petit bijou de film bien dérangeant qui, espérons-le, trouvera le chemin de nos salles belges.

⭐️⭐️⭐️⭐️

C’est tout pour aujourd’hui.

Et en attendant demain, le soleil se couche toujours sur la lagune de Venise.