2 septembre 2024, lundi.
Trois films aujourd’hui dont 2 plutôt marquants et réussis!
Par contre la pluie et les nuages font leur apparition pour la première fois donnant un petit coup de frais très attendu sur le Lido!
Vermiglio
9h00. Salle Darsena.
En sélection officiel à Venise 2024, voici un autre film italien (après CAMPO DI BATTAGLIA) qui nous embarque une nouvelle fois dans les années de guerre, cette fois-ci entre 1944 et 1945 dans la région du Trentin et du Tyrol du sud. Visiblement les années de guerre ont fortement inspirés les programmeurs de la 81e Mostra!
Réalisé par la réalisatrice Maura Delpero, VERMIGLIO est un film de femme sur les femmes puisque le sujet aborde la vie de trois soeurs dans cette région reculée et isolée en pleine fin de la guerre 40-45. On se doute aisément que le film est plutôt âpre, à l’image d’une région paysanne, où l’éducation n’a pas encore fait son oeuvre surtout auprès des filles.
La famille est dirigée d’une main de fer par le patriarche qui est aussi le directeur et professeur de l’école du village et celui qui engrosse à répétition sa femme, s’occupant peu de savoir si cela lui convient ou non d’être juste un réceptacle pour les enfants qui se suivent. Il décide aussi de qui aura accès à l’éducation ou non.

Le sujet, traité par une femme, est donc bien ce droit à l’éducation, le droit à la liberté de la femme et la nécessité de changer les choses même dans le coins les plus reculés de l’Italie.
Bien filmé, plutôt sombre et pessimiste, VERMIGLIO n’est cependant pas la réussite que l’on serait en droit d’attendre en voyant l’alchimie du sujet et de la réalisatrice. Film de près de 2h, il est trop long, ressassant sans arrêt des problèmes que l’on comprendrait en une fois et ne parvient pas à proposer un vrai point de vue sur les thématiques abordées.
Et même si l’interprétation est sans faute, il est parfois difficile d’avoir de l’empathie pour les personnages.
⭐️⭐️
The room next door
11h30. Salle Darsena.
Un nouveau Pedro Almodovar est toujours un événement attendu. Et quand, comme à son habitude, il s’agit d’un film avec des actrices étonnantes, on se régale par avance.
Basé sur un roman de Sigrid Nunez, THE ROOM NEXT DOOR a un pitch très simple: deux amies qui ne se sont plus vues depuis longtemps se retrouvent à l’occasion du cancer de l’une d’entre elles. Ingrid vient donc au chevet de son amie Martha, qui semble avoir une rémission. Malheureusement, le traitement ne fonctionne pas…
Inutile d’en dévoiler plus, ce serait gâcher le plaisir que prend Almodovar à nous amener de piste en piste façon Hitchcock sur une musique envoutante de Alberto Iglesias, compositeur quasi attitré d’Almodovar depuis de nombreuses années. Il maitrise parfaitement son tempo, sa photographie, ses décors (somptueux, notamment la villa où se retrouvent les 2 amies) et entraîne le spectateur sur les chemins qu’il a choisi.
Si THE ROOM NEXT DOOR n’est pas un film majeur du réalisateur hispanique, il est élégant, raffiné, divertissant et il est surtout porté par deux immenses actrices que l’on prend un immense plaisir à voir ensemble à l’écran: Julianne Moore et Tilda Swinton. Pour la première fois ensemble à l’écran, les deux comédiennes donnent une intensité énorme aux scènes du film, et offrent un écrin tout particulier aux très bons dialogues d’Almodovar, lui permettant au fil de ceux-ci d’aborder de nombreux sujets de société.
⭐️⭐️⭐️⭐️
Maldoror
Film belge présenté hors compétition à la 81e Mostra de Venise, MALDOROR est le nouveau film de Fabrice du Welz. Bien connu en Belgique pour son amour du film de genre et du film d’horreur en particulier (ALLELUIA, VINYAN, CALVAIRE, ADORATION et plus récemment INEXORABLE avec Benoît Poelvoorde), Fabrice du Welz est un cinéphile averti et un amoureux exigeant du travail bien fait.
Cette fois-ci, il s’attaque à un sujet délicat pour la Belgique puisque MALDOROR est une fiction qui s’inspire des événements autour de l’affaire Dutroux, du nom du pédophile tristement célèbre, période bien sombre dans l’histoire du petit royaume. Changeant les noms, se permettant de choisir des pistes pas forcément vérifiées, s’axant sur l’enquête d’un seul gendarme, Fabrice du Welz nous embarque dans 2h35 d’un film qui est autant social que polar. Charleroi en est le coeur et la ville est filmée sous toutes les coutures sans jamais masquer la misère qui peut s’y trouver.
Indéniablement, le sujet était casse-gueule et le réalisateur belge s’en tire avec les honneurs. Il évite les écueils de la fiction « inspirée par » et nous entraine dans un polar habile duquel il fait surgir de temps à autre toute l’horreur et la misère qui l’accompagne.

Il faut aussi encenser les interprètes qui osent se lancer dans des rôles de personnages poids lourds (comprenez difficiles à caser) dans une filmo. Le rôle de Marcel Dedieu (Dutroux) est ainsi dans les mains de Sergi Lopez tandis que le tristement célèbre Michel Nihoul est jouée par Jackie Berroyer relativement méconnaissable. Anthony Bajon (CHIEN DE LA CASSE) campe le gendarme jusqu’au boutiste qui va s’enferrer dans l’affaire jusqu’à perdre tout. Son côté juvénile fait un pendant parfait à ce personnage qui ne démordra jamais de ses convictions et qui finira en ayant tout perdu.
Belle surprise de cinéma, belle surprise dans le traitement, MALDOROR ne va pas manquer de faire grincer des dents à sa sortie en Belgique (probablement en janvier), mais on lui souhaite le meilleur!
⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️
C’est tout pour aujourd’hui.
Et ce soir, à la différence de tous les soirs, le soleil ne se couche pas sur la lagune de Venise.
