Jeudi 10 septembre 2026. Ca y est les orages arrivent et le nombre de films vus aujourd’hui remonte à 5! YIl n’ya aucune relation de cause à effet..
9h00. SCHERZETTO (Sala Darsena, Venice Open – Hors compétition)
Scherzetto en italien signifie en français « blague ».
C’est ce qu’aime faire le petit Mario, 5 ans, que ses parents font garder par son grand-père Daniele Mallarico, un célèbre illustrateur, pendant qu’ils sont absents de chez eux. Dans cet appartement où ila vécu, les souvenirs de Daniele vont peu à peu refaire surface. Et comme il illustre à ce moment un roman d’Henry James, Daniele a tendance à voir des fantômes partout.
Face aux fantômes de son passé et à son travail sur les illustrations de Henry James, Daniele a quelques difficultés à s’occuper de Mario. Son travail l’obsède et ses illustrations sont de plus en plus sombres. Petits garçon intelligent, Mario es très autonome et aime faire des farces aux adultes;
Il est rare de voir ce type de film -plutôt un conte pour enfant- dans des festivals tels que la Mostra mais il est vrai que le jeu de Toni Servillo (LA GRAZIA, LA GRANDE BELLEZZA) est excellent en grand-père obsédé par les fantômes qui peuplent à la fois on oeuvre et son passé. Le film est attachant et émouvant même si il ne révolutionne pas les contes en général.
11h30. NAZA (Sala Darsena, Venezia 83)
Les massacres perpétués à Gaza par Benjamin Netanyahu et son gouvernement font depuis quelques temps déjà la une des journaux dans le monde. Ces tueries de masses organisées et planifiées dans un système complexe d’engrenages de responsabilité ont été dénoncées notamment par les journalistes de The Guardian après que les deux réalisateurs de NAZA en aient pris connaissances au cours des mois qui ont suivi les massacres du 7 octobre par le Hamas.
Ce sont les rouages de cette mécanique bien huilée que Yuval Abraham et Rachel Szor, israéliens, veulent dénoncer avec NAZA, un documentaire au cadre très sobre et statique (les interviews ont lieu de nuit sur les toits des immeubles de Tel Aviv) pour laisser toute la place aux déclarations des différents militaires ou employés des services de renseignement israéliens qui osent dénoncer un système de tuerie de masse.
Naza
fait référence à l’acronyme militaire hébreu « nezek agavi »
qui signifie « dommage collatéral »
. Dans le langage des services de renseignement, c’est un nombre désignant le nombre de victimes civiles jugées acceptables lors d’une frappe aérienne pour atteindre une cible identifiée au préalable dans le cadre de la guerre menée à Gaza en riposte aux attentats du 7 octobre.
Les révélations sont fortes et souvent insupportables tant elles montrent à quel point le gouvernement Netanyahu a intégré des mécaniques autrefois utilisées par les nazis pendant la 2e Guerre Mondiale. Évidemment, on imagine aisément le risque pris tant par les intervieweurs que par les interviewés. Ce qu’ils font est salutaire et contribue sans aucun doute à une reconnaissance mondiale
Même si cinématographiquement, NAZA est évidemment très pauvre, le sujet est quant à lui de première importance et ne manquera certainement pas d’attirer l’attention du jury de la 83e Mostra de Venise.
14h00. WHAT LOVE BUILDS (Sala Volpi, Venice Open – Hors compétition)
Saviez-vous que Russel Crowe était aussi un musicien? Probablement pas. Car si sa carrière au cinéma a été marquée par de nombreux succès, celle-ci a souvent éclipsé sa carrière de musicien.
C’est à l’âge de six ans, en 1970, que la vie du jeune Russel Crowe a basculé: pour la première fois, il se retrouvait sur un tournage de cinéma et son père lui offrait sa première guitare. Depuis lors, la musique ne l’a jamais quitté et sa vie de cinéma a été couronnée de succès.


Le documentaire réalisé par Russel Crowe lui-même utilise des documents récupérés au cours de ces 15 dernières années (enregistrements de concerts, des photos d’archives et des interviews concernant sa carrière de musicien). Russel Crowe livre beaucoup de lui-même dans ce film d’1h40 et montre clairement à quel point la musique est pour lui la base de tout procédé créatif. Il ne peut séparer la musique du jeu d’acteur mais l’on sent au fil du temps que le plaisir qu’il prend à écrire, à composer ou à monter sur scène avec ses compagnons musicaux est essentiel à son existence.
Au-delà d’un beau timbre de voix, Russel Crowe fait aussi preuve d’humilité, de réflexions profondes sur la création et la façon de partager son temps entre musique et cinéma. Un homme attachant qui mérite les élans de sympathie qu’il suscite…
17h00. FATHER JOE (Palabiennale, Venice Open – Hors compétition)
Avoir à l’affiche face à face Kiefer Sutherland et Al Pacino est en soi une proposition intéressante.
Ce qui l’est moins sans doute est d’avoir un scénario signé Luc Besson. Derrière la caméra, le réalisateur/scénariste français est clairement plus adroit qu’il n’est derrière sa plume. Ses scénarios souvent simples privilégient l’image mais pas la subtilité.
FATHER JOE rentre parfaitement dans cette catégorie de films d’action dont le scénario louche à peu près sur tous les films de ce type. On pense en vrac à THE BOONDOK SAINTS, JOHN WICK, DEATH WISH ou encore THE EQUALIZER. Ce n’est pas l’imagination qui est au pouvoir mais la photocopieuse.
Si l’on passe sur ces défauts inhérents au projet, FATHER JOE bénéficie du talent visuel du suisse Barthélémy Grossmann derrière la caméra. Le rythme est solide et la force de l’image compense clairement les clichés du scénario. Et bien sûr, le couple Sutherland – Pacino fonctionne même si Kiefer Sutherland n’a pas l’impact d’un Keanu Reeves.
Au final, le film reste divertissant mais ne comblera jamais le désir d’originalité que les fans du genre pourraient attendre.
19h30. KAMI NOUR (A BIT OF LIGHT) (Sala Darsena, Venezia 83)
Après nous avoir offert, à Venise en 2025, une comédie amère sur la difficulté de faire du cinéma en Iran, KOMEDIE ELAHI (Divine Comedie), Ali Asgari nous propose cette fois-ci un récit plus tendu et plus dramatique visant bien sûr le régime iranien dans tout ce qu’il comporte de totalitaire.
En prise direct sur l’actualité, KAMI NOUR (A Bit of Light) va suivre un médecin iranien qui, après avoir aidé des manifestants anti-régime blessés, voit son cabinet fermé et se voit interdire d’exercer le métier qui est toute sa vie. Arash, c’est son nom, va alors prendre une décision radicale: mettre fin à ses jours. Le spectateur va donc le suivre dans sa visite à ses proches (son frère et ses soeurs) jusque chez sa mère à qui il veut annoncer sa décision.
Le réalisateur et scénariste Ali Asgari aime le cinéma qui dénonce. Que ce soit face au gouvernement iranien ou aux dérégulations diverses de la société, il l’a prouvé à de nombreuses reprises. Ce cinéma dénonciateur est toujours un exercice difficile qui oscille souvent entre la fiction et le documentaire.
On retrouve ici dans KAMI NOUR cet équilibre complexe qui se voit principalement dans le choix appuyé d’une certaine lenteur pour laisser à la fiction sa part de suspense et de mystère.
Cette lenteur est aussi là pour favoriser l’introspection de ce médecin qui ne pouvant plus sauver des vies souhaite juste perdre la sienne. Mais l’errance du personnage principal finit aussi par conduire le spectateur à se désintéresser du but ultime du médecin. Et lorsqu’arrive le final attendu, le peu de lumière qui arrive n’est plus forcément capable de convaincre.
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Aujourd’hui, le tonnerre a grondé sur Venise. La pluie a frappé le toit des salles de cinéma et le soleil ne s’est pas couché sur la lagune.




