BUNKER
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83e Mostra de Venise : Jour J + 6

par Eric Van Cutsem
Publié: Dernière mise à jour le

Mardi 8 septembre 2026. Aujourd’hui, 3 films vus mais surtout beaucoup de travail d’écriture pour rattraper un peu le retard accumulé avec les jours à 5 films. On s’approche lentement aussi des orages qui devraient survenir demain et après demain sur le Lido et Venise.

8h30. BUNKER (Sala Darsena, Venezia 83)

Note : 3.5 sur 6.

Le réalisateur Florian Zeller est connu principalement pour ses œuvres théâtrales. Au cinéma, BUNKER est son 3e long métrage. Il s’était fait connaître dans ce milieu par FATHER avec Anthony Hopkins, film sur la maladie d’Alzheimer d’un père, adaptation magistrale de sa pièce.

BUNKER, présenté à Venise en compétition, est une tranche de vie de deux personnages: Miguel est un architecte renommé, Sofia, une éditrice dans une grande maison d’édition londonienne. Tous les 2 sont espagnols. Si lui vit plutôt bien son déracinement surtout après avoir gagné le prix Stirling pour son travail architectural, elle commence à voir qu’en tant que non anglophone, son avenir dans l’édition à Londres risque d’être limité. Ils ont 2 filles et un chat et ressemble à un couple heureux et comblé.

Mais voilà, alors qu’un de leur voisin s’est mis en tête de faire une fenêtre dans le mur mitoyen qui donne sur leur maison, ce qui heurte profondément Miguel, ce dernier reçoit une demande très particulière: un des hommes les plus riches de la planète veut lui confier la réalisation d’un bunker pour lui et sa famille. Ces deux événements vont entrainer peu à peu la dérive du couple.

Mélange de thriller et de drame social, BUNKER est un quasi huis-clos. Un couple s’affronte sans pour autant sombrer dans la violence. Ce sont les contingences qui les amènent à repenser leur couple ou en tout cas à le mettre en doute. Bien mis en scène, le film bénéficie aussi d’un couple d’interprètes espagnols de haut vol, Penelope Cruiz et Javier Bardem rendent en effet le couple crédible, intégrant leurs personnages avec aisance dans l’ensemble du récit.

Premier film de Zeller qui n’est pas une adaptation de son oeuvre théâtrale, BUNKER ne convainc pas vraiment, restant dans une grande superficialité sur tous les sujets abordés (classes sociales, richesse, rancoeur, fantasmes, etc) sans que le couple star n’arrive à imposer complètement le récit. Ni thriller, ni drame, le film souffre d’un récit malheureusement trop évident dont aucune idée ne ressort vraiment.

11H15. COMPANY (Sala Darsena, Venezia 83)

Note : 3 sur 6.

C’est à un acteur, Casey Affleck (OPPENHEIMER), que l’on doit ce film un peu étrange présenté à Venise. 3e film du frère de Ben Affleck, COMPANY se décline comme un film poupées-russes.

Une jeune femme, Evelyn, se présente de nos jours à l’entrée d’une maison dans un quartier résidentiel. Alors qu’elle ne connaît personne, elle demande à être invitée et à peine à l’intérieur se met à raconter l’histoire de Tom qui a eu lieu des années auparavant dans une cabane perdue au fond d’une forêt. A l’époque Tom avait secouru Alice, une jeune femme trouvée dans la neige non loin de la cabane. Et Alice lui avait raconté une histoire encore plus ancienne d’un jeune homme, Caleb, recueilli par un couple dans une cabane à l’orée d’une forêt.

COMPANY
COMPANY

Dès le début, la mise en abime des histoires génère l’interrogation du spectateur. Et Casey Affleck prend tout son temps. Distillant le mystère et l’étrangeté par petites touches, il fait monter la curiosité plus que la tension d’ailleurs. Et c’est probablement là que le bât blesse: le film manque de tension et d’enjeux pour le spectateur. Et l’on se laisse un peu bercer par la langueur qui se dégage au travers du récit.

Ce ne sera que vers la fin que se dévoilera le mystère, mystère que les fans de film de genre auront probablement découvert dès l’entrée en matière si ils ont été attentifs. Dommage car COMPANY ne manque pas d’attraits et s’inscrit bien dans ces films qui prennent leur temps pour raconter une histoire. Mais il n’y a pas que l’histoire, il y a aussi la façon dont on la raconte…

19h00. LA MOULA (Sala Casino, Orizzonti)

Note : 2.5 sur 6.

Cela faisait un bon bout de temps que l’on ne voyait plus de « found footage » au cinéma! Popularisé par THE BLAIR WITCH PROJECT en 1999, repris sans vergogne sur la franchise Paranormal Activity, on croyait en avoir fini avec ce sous genre souvent utilisé juste pour augmenter le réalisme de mauvais films fantastiques.

Il est donc amusant de retrouver ce « procédé » dans un film français qui joue plutôt sur le côté documentaire d’un journaliste, spécialisé dans les affaires criminelles, infiltré sans une affaire de traffic de drogue à Marseille. Bien sûr, le film naît du fait que Jérome, le journaliste qui travaillait sur le sujet a disparu pendant son reportage mais que l’on a retrouvé son matériel et ses vidéos. Et Jérome n’est autre que le réalisateur Jérome Pierrat. La boucle est bouclé, le film est prêt à commencer.

LA MOULA
LA MOULA

Jérome Pierrat est à la base un documentariste spécialisé dans les affaires criminelles. Mais cette fois-ci, il décide donc de faire une sorte de film « méta » qui va lui permettre de faire un faux documentaire basé sur des faits qu’il a connus en étant journaliste d’investigation, tout en composant une fiction. Cette fiction lui permet, selon lui, d’ouvrir une réflexion sur les rapports des journalistes avec le monde du crime organisé mais aussi de montrer ce qui se passe en dehors de ce que le spectateur peut voir dans des documentaires. Ce qu’il y a à côté de la caméra. D’où l’idée du found footage.

A la fois drôle car terriblement caricatural et en même temps relativement violent, LA MOULA passe un peu à coté de la volonté du réalisateur sur le côté « réflexion » que pourrait proposer un tel film.

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Le ciel semble se couvrir mais le soleil tient bon et il se couchera encore une fois sur la lagune de Venise ce soir.