5 et 6 septembre 2025. 3 films pour le vendredi et 1 seul pour le samedi. Il était donc tout à fait opportun de rassembler ces 2 derniers jours dans un même article.
5/09. 8h30. UN FILM FATTO PER BENE (Sala Darsena, Venezzia 82)
Parfois en visionnant un film, on se demande si il n’a pas été fait pour un public tellement précis, que, même si le film semble bien fait, il est très difficile de le comprendre. Cela peut être dû à des notions culturelles qui nous manquent ou bien tout simplement des références qui sont propres à un pays et incompréhensibles dans un autre pays. On retrouve cela même avec des pays proches: un film parisien avec des références intellectuelles parisiennes peut nous paraître abscons.
Et UN FILM FATTO PER BENE fait parfaitement écho à cette réflexion. Film qui manipule l’absurde, l’humour noire et auto-dérision, UN FILM FATTO PER BENE aligne les références à des personnages italiens méconnus du grand public à l’extérieur de l’Italie.

Et en plus, il s’agit d’une forme de film « méta » avec une mise en abyme (film dans le film). En effet Francesco Maresco filme son projet d’hommage à Camelo Bene (poète, acteur et metteur en scène avant‑garde décédé en 2022) alors que le producteur décide d’interrompre définitivement le film et provoque ainsi la colère et la disparition de Maresco. Le docu-fiction (un procédé dont Maresco est friand) se prend alors à suivre un ami de Maresco qui se lance à sa recherche.
UN FILM FATTO PER BENE (jeu entre un film bien fait et film fait pour [Camelo] Bene) joue donc sur des scènes parodiques, des références à la télévision et à la satire politique qui ont très vite tendance à nous perdre pauvres spectateurs non italiens.
Même si le cinéma est fait pour dépayser et pour aussi que nous nous cultivions bien évidemment, ne pas avoir les références nous laisse hélas sur le bord de la pellicule…
5/09. 11h15. RI GUA ZHONG TINA (The Sun Rises on Us All, Sala Darsena, Venezzia 82)
THE SUN RISES ON US ALL n’est jamais que le 4e long métrage depuis 1997 du réalisateur chinois Shangjun Cai qui avait reçu un Lion d’Or en 2011 avec PEOPLE MOUNTAIN PEOPLE SEA.
C’est donc un homme qui prend son temps et peaufine ses scénarios jusque dans les moindres détails. Et c’est la cas ici, avec ce film qui prend le temps d’amener un final de quelques minutes qui clôture un film où l’émotion a la part belle.
Meyun, une vendeuse de vêtements en ligne, tombe enceinte de Qifeng, un homme marié qu’elle voit en secret. La vie pour elle n’est pas facile et elle le devient encore moins lorsque son ex, atteint d’un cancer revient soudain chez elle.
Présenté comme cela, le pitch ne semble pas très original, mais le réalisateur chinois s’y connaît pour ajouter des rebondissements provenant de la toile de fond de son histoire. De retournement en retournement, il nourrit l’histoire de ses personnages pour les faire évoluer à son rythme. Les 3 protagonistes principaux sont particulièrement dans le ton avec un petit plus dans la subtilité du jeu de la femme, interprétée par l’actrice Zhilei Xin.
Bien sûr, cette lenteur dans la narration et cette volonté de réalisme dans la mise en scène servent le récit mais pourront irriter certains spectateurs impatients. Ce serait dommage en tout cas de ne pas attendre le final, conclusion d’un film réaliste, sensible et finalement intensément romantique dans le bon sens du terme.
5/09. 14h15. GRAND CIEL (Sala Darsena, Orizzonti)
Vincent a besoin de travailler. Il doit nourrir et loger sa petite famille. Il travaille dur, de nuit sur le chantier d’un complexe qui promet d’être le dernier cri en matière d’automatisation et de sophistication.
Mais voilà, peu à peu des disparition étranges ont lieu sur le chantier. Est-ce que les patrons chercheraient à masquer des problèmes de construction dans les fondations de l’immeuble?
GRAND CIEL est un film franco-luxembourgeois avec quelques interprètes solides même si moins connus comme Damien Bonnard et Samir Guesmi. Et c’est surtout un film qui flirte avec l’étrange, le fantastique social, chose plutôt rare dans nos contrées européennes.

Malheureusement, comme souvent dans bon nombre de films fantastiques français, la sauce entre social et étrange a beaucoup de mal à prendre étant mal servi par une volonté de forcer l’étrange plutôt que de le faire entre en douceur dans la vie de tous les jours des protagonistes.
On en ressort un peu frustré, se disant que les fans de fantastique n’auront pas eu leur compte et que les amateurs de films sociaux en seront aussi pour leurs frais. Dommage car en soi le film bénéficie d’une mise en scène plutôt bien maîtrisée ainsi qu’une photographie soignée.
6/09. 8h30. CHIEN 51 (Sala Darsena, Film de clôture)
Prix Goncourt et prix Jean Giono en 2004 pour son roman « Le Soleil des Scorta », Laurent Gaudé est aussi l’auteur en 2022 d’un roman, Chien 51, à la fois dystopie écologique, thriller policier et méditation philosophique et politique se déroulant dans une mégalopole futuriste privatisée où un implant neuronal (technologie Okios) permet d’accéder à des souvenirs comme une drogue. Le protagoniste principal, Zem, va se retrouver dans une enquête le menant au coeur de la technologie Okios…
C’est ce roman qui a inspiré CHIEN 51, le film de Cédric Gimenez, réalisateur français bien connu pour BAC NORD (qui avait fait polémique à sa sortie en 2020) et pour NOVEMBRE en 2022. Gimenez aime bien les films musclés qui soulèvent des questions et n’hésite pas à enfoncer certaines portes ouvertes pour faire réagir le spectateur.
Avec son adaptation de CHIEN 51 qu’il situe à Paris et où il substitue à l’implant neuronal, une IA toute puissante du nom d’Alma, Cédric Giménez annonce directement la couleur: pas question ici de métaphores philosophiques ou psychologiques, il s’agit bien de dénoncer un futur français (et mondial sans doute) qui ressemblera largement à une prison dans laquelle même les politiques ne seront plus au pouvoir face aux technologies existantes (IA, drones, etc).
Mais en choisissant de faire ces changements, il condamne son film aussi à être un pamphlet beaucoup plus basique que le livre et surtout un film bourré de clichés d’une SF à l’imagination datant plus des années 50 que du 21e siècle.
A nouveau, on regrettera sans doute ces choix d’autant que le couple Gilles Lellouche (LEURS ENFANTS APRES EUX, KOMPROMAT) et Adèle Exarchopoulos (L’ACCIDENT DE PIANO, LA VIE D’ADELE) fonctionne plutôt bien et que l’on aurait pu avoir un film de SF français avec des niveaux de lecture différents qui allie action et réflexion.
Et voilà qui clôture nos avis sur la 82e Mostra de Venise. Un film de fantastique plutôt social et un film dystopique sur un Paris plutôt effrayant. Il faisait chaud pour ces dernières journées et soleil et lune se sont souvent donnés rendez-vous sur la lagune…

