4 septembre 2025. Jour J+8 du Festival de Venise. Plein soleil, une ambiance plus calme (certains journalistes sont déjà partis) et 3 films rien que pour vous dont le très beau film SILENT FRIEND qui pourrait bien décrocher un prix.
8h30. HATESHINAKI SCARLET (Sala Darsena, hors compétition)
Le réalisateur de MIRAÏ MA PETITE SOEUR, Mamoru Hosoda, était présent cette année 2025 hors compétition à la 82e Mostra de Venise. Il a à son actif des courts-métrages, des longs et des séries télévisées (One Piece notamment) en grand nombre.
Ce HATESHINAKI SCARLET est un dessin animé qui, comme souvent chez les japonais (que cela soit en animé ou en fiction live), touche énormément de genres. Fantastique, cape et épée, princesse, roi et reine, un combo qui en d’autres mains pourraient faire frémir n’importe quel spectateur. Mais voilà, le réalisateur japonais arrive à rendre homogène et crédible cet enchaînement d’univers.
L’histoire est simple mais efficace: la princesse Scarlet vit très heureuses avec son père le roi qui règne sur un royaume apaisé mais ce serait sans compter sur Claudius, le frère du roi et sur la reine qui sont bien décidés à s’emparer du trône par tous les moyens y compris le meurtre…
D’abord le meurtre du père et puis ensuite, celui de la princesse qui va de ce fait se retrouver entre la vie et la mort, un « autre monde » d’où elle poursuivra sa vengeance!
Contrairement au studio Ghibli qui parvient à avoir une homogénéité aussi dans le graphisme, HATESHINAKI SCARLET a parfois tendance à retomber dans un graphisme plus simplifié type animés classiques après nous avoir proposé des scènes de foules incroyables ou un dessin fouillé et puissant qui n’est pas loin de rappeler de grands de la BD franco-belge.
Cela étant dit, le film est prenant, le dessin est impressionnant (la plupart du temps) et le récit a un souffle qui ne manquera pas de séduire les plus exigeants en matière d’animé!
11H15. ELISA (Sala Darsena, Venezzia 82)
Un film italo-suisse parlant français la majorité du temps avec Roschdy Zem dans un des rôles principaux. Plus éclectique que cela, ça va devenir difficile!
Situé dans un établissement pénitentiaire particulier dans lequel les détenus sont en semi-liberté dans des cabanes dans un parc magnifique, le récit suit l’arrivée dans l’établissement d’un chercheur en criminologie (Roschdy Zem) qui vient faire une étude d’une des détenues, qui a pour particularité d’avoir tué sa soeur et de ne plus se rappeler de rien.
Il y a une certaine originalité dans l’approche mais, malgré le pitch, il ne faut pas s’attendre à un nouvel opus d’Hannibal Lecter version européenne. Car non seulement le suspens n’y est pas vraiment bien distillé mais surtout, il manque clairement au film un soupçon d’émotion.
Et c’est hélas dû principalement aux personnages eux-mêmes: le criminologue campé par Roschdy Zem est carré, pragmatique, rationnel à l’extrême et la tueuse est une soit parfaite, manipulatrice froide par excellence. La rencontre de ces deux-là ne pouvait donc qu’être dépourvue totalement d’émotion, leurs dialogues polis rajoutant encore à cette absence de sensibilité.
Dommage car il y avait sans doute des choses à faire à partir de l’idée de départ.
19h30. SILENT FRIEND (Sala Darsena, Venezzia 82)
SILENT FRIEND est une des très bonnes surprises de la 82e Mostra de Venise. En effet, ce nouveau film de la réalisatrice hongroise Ildikó Enyedi (CORPS ET AME présenté à Cannes en 2021) réussit une nouvelle fois à nous embarquer dans son univers si particulier.
Centré autour d’un magnifique ginkgo biloba situé dans le jardin botanique de Marburg, une ville médiéval universitaire en Allemagne, le film va suivre 3 époques différentes de chercheurs et chercheuses dans cette université couvrant ainsi une période de plus de 100 ans.
Véritable expérience sensorielle, SILENT FRIEND joue sur la musique, les images omniprésentes de la nature, la technologie et les sciences pour générer des émotions intenses chez le spectateur. Et le film est tellement réussi à ce niveau que sa durée de 2h27 passe presque inaperçue et que l’on se prend à regretter que cela soit déjà fini.
Les interprètes arrivent eux aussi au milieu des silences et du non-dit à faire passer au travers de leurs prestations un maximum d’émotions. Les confrontations tout en douceur entre les protagonistes (Tony Leung avec le gardien du jardin botanique par exemple) rajoutent aussi au sentiment de paix qui se dégage. Et les dénonciations -le passage de la jeune botaniste chez ses pairs pour sa sélection à l’université est un formidable exemple- qui parsèment le film de-ci de-là sont elles aussi subtilement amenées.
Au final, SILENT FRIEND est probablement l’un des plus beaux films écologiques de ces dernières années ramenant l’être humain au centre des écosystèmes et proposant une réflexion sur notre rapport à la Nature.
La lune est toujours présente sur la lagune quand nous rentrons et elle éclaire le passage de notre vaporetto alors que nous passons près de San Servolo.


