THE VOICE OF HIND RAJAB
Accueil Evénements82e Mostra de Venise: Jour J+7

82e Mostra de Venise: Jour J+7

par Eric Van Cutsem

3 septembre 2025. Jour J+7 du Festival de Venise.
Le temps est définitivement revenu au beau et chaud. Le parcours en vaporetto entre Venise et le Lido est une vraie ballade touristique. Aujourd’hui, nous avons vu 4 films et surtout nous nous sommes pris la grosse claque du Festival en début de journée. Un futur Lion d’Or? Ce ne serait pas surprenant et ce serait plutôt le contraire qui le serait…

8h30. LA VOIX DE HIND RAJAB (Sawt al-Hind Rajab, Sala Darsena, Venezzia 82)

Note : 6 sur 6.

Un festival réussi, c’est un Festival qui a au moins un film coup de poing dans sa programmation. On ne sait pas toujours d’où il sort et ce qu’il va être mais il en faut au moins un.

Et là à la Mostra de Venise en 2025, ce film est LA VOIX DE HIND RAJAB, un film de Kaouther Ben Hania. Cette réalisatrice tunisienne de 48 ans s’est fait connaître par des films très engagés comme LES FILLES D’OLFA (prix du Jury au BRIFF en 2023), LE CHALLAT DE TUNIS, LA BELLE ET LA MEUTE ou des films au scénario très original comme son L’HOMME QUI A VENDU SA PEAU.

Bonne metteuse en scène, elle sait aussi très bien raconter une histoire mettant en adéquation le fond et la forme pour composer des oeuvres originales.

Elle revient ici avec LA VOIX DE HIND RAJAB, un film basé sur des événements réels survenus en 2024 dans le nord de Gaza alors occupé par l’armée israélienne: le 29 juin 2024, le centre d’appel du Croissant Rouge palestinien (l’équivalent de la Croix Rouge dans les pays arabes) reçoit un appel urgent d’une femme coincée dans sa voiture avec sa famille, voiture qui vient d’être criblée de balles par les soldats israéliens. La femme est rapidement tuée alors qu’elle est en ligne. C’est ensuite une petite fille de 6 ans, dans la même voiture, qui va entrer en contact avec le centre du Croissant Rouge.

Sur ce fait divers qui avait fait la une d’un certain nombre de médias, Kaouther Ben Hania va composer un film coup de poing mélangeant habilement la fiction et les vrais appels enregistrés lors des contacts entre le Croissant Rouge et la voiture pour nous faire prendre conscience des horreurs de la guerre qui se déroule en ce moment même à Gaza.

Vous l’aurez compris, il est difficile de séparer le message politique du message humanitaire ou de la fiction cinéma. Il est évident que le film prend parti, sur-dramatisant par le biais de la fiction (présente majoritairement en dehors des vrais dialogues enregistrés) les faits horribles en soi qui ont eu lieu.

Les interprètes et le découpage permet de nous faire vivre cet événement de l’intérieur, comme si nous y étions, même si, en tant que spectateur, nous devons rester conscient qu’il s’agit d’un film de fiction avec un point de vue précis et donc un message sous jacent voulu par la réalisatrice. A nous ensuite, de nous faire notre propre avis…

On pourrait discuter sans fin sur tous les stratagèmes de la fiction employés par la réalisatrice, mais il faut reconnaître que ceux-ci servent admirablement son propos pour faire de ce récit un film qui est là pour nous rappeler les horreurs de la guerre quel que soit le pays et les nations qui la font. Car nous le savons, notre mémoire en la matière est très très courte…

11h15. DUSE (Sala Darsena, Venezzia 82)

Note : 3.5 sur 6.

Film italien de Pietro Marcello, DUSE est un biopic sur la fin de vie de la grande actrice italienne (de la fin du 19e et du début du 20e siècle), Eleonora Duse.

Si le film est une belle reconstitution d’époque servie par un très bon jeu d’actrices et d’acteurs, il est difficile de juger en tant que non italien de l’impact que peut avoir ce type de biographie sur des spectateurs italiens comme il serait très difficile de juger de l’impact d’une biographie de Sarah Bernhardt sur un public non français.

On ne peut donc juger que de la qualité de la mise en scène, des décors et du jeu des interprètes plus que de la qualité de la véracité de la biographie.

Côté interprète, Valeria Bruni Tedeschi trouve ici un très beau rôle de femme à la fois passionnée et fragile prise entre une fille d’un premier mariage (très court) qu’elle a peu vue (Enrichetta Checchi) et son assistante Désirée Von Wertheimstein. Amusant aussi de retrouver Noémie Lvovsky en caméo pour le rôle de Sarah Barnhardt. Les personnages masculin sont bien typés eux aussi depuis Fausto Russo Alesi en Gabriele d’Annunzio ou Vincenzo Pirrotta en Benito Mussolini.

DUSE
DUSE avec Valeria Bruni Tedeschi et Noémie Merlant

Décors et mise en scène reposent tous deux sur un certain classicisme peu original mais qui fait l’effet qu’il faut pour un film en costumes. Les décors des lieux ou des villes (Venise y apparaît de nombreuses fois) sont assez somptueux et mettent en valeur la grandeur de l’Italie de l’époque.

Sans grosses surprises donc, on peut juste se demander si ce DUSE à un sens comme film en dehors de l’Italie à part pour les amateurs de biopic de figures théâtrales.

14h30. KOMEDIE ELAHI (Palabiennale, Orizzonti)

Note : 3 sur 6.

Présenté en section Orrizonti à Venise 2025, KOMEDIE ELAHI (Divine Comedie) pourrait être sous-titré voyage en absurdie dans le monde du cinéma iranien.

KOMEDIE ELAHI - DIVINE COMEDY
KOMEDIE ELAHI – DIVINE COMEDY

On suit en effet, Barham Ark (une sorte de double de Ali Asgari, le réalisateur) dans sa quête d’un permis de projection dans le pays (Iran) pour le film qu’il vient de réaliser. Composer de scènes plus absurdes les unes que les autres (le débat avec le directeur de la commission pour le permis est un modèle du genre, la projection finale aussi), le film est une fable politique absurde mais hélas tellement vrai sur les dérives d’un régime face à la culture.

On pourrait avoir envie d’en rire mais lorsque l’on sait ce que le régime iranien réserve à certains de ses grands réalisateurs et fait subir aux femmes de son pays, cela devient très vite beaucoup moins drôle.

20h00. NUHAÏ (Girl, Sala Darsena, Venezzia 82)

Note : 3.5 sur 6.

Les films taïwanais ne sont pas légion dans les Festivals européens. Comme tous les films asiatiques, les films de cette région du monde sont éminemment dépaysants, les moeurs décrits étant souvent très différents de ceux en vigueur en Europe.

NUHAÏ (Girl), premier film de la réalisatrice/actrice Shu Qi (actrice dans LE TRANSPORTEUR) rentre parfaitement dans ce cas de figure. Si l’histoire semble classique selon certains de nos critères -une adolescente vivant avec sa demi-soeur, son beau père alcoolique et brutal, et sa mère est torturée entre l’amour pour sa mère et la peur de son beau-père, elle n’en reste pas moins très différente dans sa narration de nos propres histoires occidentales sur la même thématique.

NUHAI - GIRL
NUHAI – GIRL

Plus dans le non-dit, jouant sur des flash-back difficilement visibles si l’on n’est pas attentifs, NUHAÏ est un film aux plans plus longs, souvent plus insistant que dans notre cinéma. Dans ces conditions, l’effort exigé par le spectateur peut rendre la vision plus difficile.

Ce n’est pas pour autant qu’il faut bouder son plaisir face à ce genre de film qui dénonce somme toute des comportements (alcoolisme et violence faites aux femmes) qui sont à réprimer dans le monde entier.


Ce soir, comme tous les soirs, lorsqu’il fait beau, après le coucher du soleil sur la lagune, la lune se reflète sur les eaux agitées derrière notre vaporetto.

Ces articles pourraient vous intéresser