2 septembre 2025. Jour J+6 du Festival de Venise 2025. Le beau temps est de retour et cette 2e semaine s’annonce plus calme comme souvent dans ces festivals. Un petit peu moins de monde, un air de vacances et pourtant toujours autant de films.
3 films seulement pour cette journée mais pas n’importe lesquels! De la dynamite!
8h30. L’ETRANGER (Sala Darsena, Venezzia 82)
Tiré du roman de Camus, L’ETRANGER est les nouveau film de François Ozon (ETE 85, GRACE A DIEU, 8 FEMMES). On avait déjà eu droit à une adaptation du livre en 1967 réalisée par Luchino Visconti avec Marcello Mastroiani dans le rôle titre d’Arthur Meursault.
La version de François Ozon, très fidèle au roman, se passe à Alger et suit Meursault, un personnage étrange, détaché de tout, vivant sa vie sans vraiment y participer, un homme à l’empathie totalement absente. Aujourd’hui, avec nos connaissances en psychologie, on pourrait sans doute avancer qu’il s’agit d’un trouble de la personnalité antisociale ou peut-être d’alexithymie.
Ce n’était évidemment pas la vue de Camus qui a inscrit son roman dans une tétralogie de l’absurde, l’absurde étant le fondement de la philosophie de Camus.

Et c’est sans doute là la plus grande prouesse du film et de l’excellente prestation de Benjamin Voisin: comment faire un film dont le héros est sans émotion, sans empathie et sans filtre? Clairement, tant Ozon que Voisin réussissent ce pari en parvenant à ne jamais nous ennuyer pendant les 2 heures que durent le film.
Si l’interprétation de Benjamin Voisin (JOUER AVEC LE FEU, ILLUSIONS PERDUES) est parfaite dans sa sobriété et bien servi par de bons dialogues, courts mais efficaces pour caractériser le personnage, celles de Rebecca Marder (MON CRIME, UNE JEUNE FILLE QUI VA BIEN) ou de Pierre Lottin (EN FANFARE, LA NUIT DU 12) sont également à la hauteur du défi du film.
Enfin, le choix du noir et blanc intensifie cette plongée dans un monde sans émotions et dans un passé lointain.
11h15. A HOUSE OF DYNAMITE (Sala Darsena, Venezzia 82)
Kathryn Bigelow est une réalisatrice qui n’a jamais eu peur de faire des films que l’on dit souvent (à tort) « réservés aux hommes ». Comme elle le dit elle-même, elle ne s’est jamais posé la question en ce termes. Cela nous a valu le plaisir de voir des films comme NEAR DARK, ZERO DARK THIRTY, THE HURT LOCKER ou encore POINT BREAK.
C’est une réalisatrice efficace qui sait tenir la tension tout au long d’un film, diriger les interprètes comme il faut, tourner des scènes d’action et donner plus de poids aux personnages féminins quand il le faut.
Avec ce nouveau film A HOUSE OF DYNAMITE, elle a presque dynamité la 82e Mostra de Venise apportant un souffle fort dans une seconde semaine qui ronronnait doucement. Le pitch est on ne peut plus simple: dans un centre d’urgence de l’armée américaine, un missile nucléaire apparaît soudain sur les écrans; d’où vient-il ou va-t-il ? C’est à cela que le film va tenter de répondre.
Intelligemment divisé en 3 parties correspondant à 3 points de vue un peu différent, le film est un thriller particulièrement réussi tant sur le plan de la mise en scène et du scénario que sur le plan de l’interprétation sans faute d’acteurs confirmés.
Son réalisme dû à la mise en scène et au jeu des actrices et acteurs, mais aussi à une documentation sur ces lieux où se joue l’avenir du monde, fait bien sûr froid dans le dos surtout dans le monde chaotique dans lequel nous vivons maintenant!
19h30. IN THE HAND OF DANTE (Sala Darsena, Hors compétition)
Comment définir le nouveau film du réalisateur américain Julian Schnabel ? Ce 6e film du réalisateur de BASQUIAT ou de LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON est effectivement à peu près inclassable.
IN THE HAND OF DANTE raconte l’histoire d’un manuscrit de la Divine Comédie de Dante qui se retrouve dans les mains d’un parrain de la mafia qui demande à Nick Tosches de vérifier son authenticité.
Adaptation du livre éponyme de Nick Tosches, un livre avec une mise en abyme de l’auteur lui-même, le film de Schnabel suit plutôt fidèlement la trame du livre qui alterne entre 2 époques: le 14e siècle où Dante cherche à finir sa Divine Comédie, et notre époque ou Nick Tosches est appelé à valider l’authentification d’un manuscrit qui serait celui de la Divine Comédie.
Intrications entre passé et présent sont donc au coeur du livre et du film. Utilisant les mêmes acteurs pour les différentes époques, le réalisateur américain brouille encore un peu plus les pistes et joue avec le spectateur le perdant plus d’une fois dans les méandres d’une histoire rocambolesque.
Joyeux fourretout, IN THE HAND OF DANTE ne parvient pas à convaincre d’autant que l’on a réellement l’impression d’assister plus à des saynètes séparées avec des caméo d’acteurs et d’actrices dans chacune sans lien (si ce n’est cette recherche de l’authentification du manuscrit) qu’à un film cohérent.
Question casting, on est servi puisque l’on retrouve entre autres Oscar Isaac, Gal Gadot, Gerard Butler, Al Pacino, John Malkovich, Martin Scorsese et Jason Momoa faisant leur petit tour et leur petit coucou sans grande conviction.
Si il est parfois drôle, surtout lorsque Gerard Butler fait son numéro de tueur blond, c’est souvent involontairement, hélas.
Belle journée chaude qui a permis au soleil de se coucher sur la lagune offrant un spectacle dont on ne se lasse jamais.

