1er septembre 2025. Jour J+5 de la Mostra de Venise.
Temps couvert ce matin mais température plus que parfaite pour être à l’aise dehors pour rédiger ce billet. 4 films seulement et surtout 4 films plutôt moins attendus. La fournée plus lourde en terme d’attente sera pour demain, mais on en reparlera bien sûr!
11h15. THE SMASHING MACHINE (Sala Darsena, Venezzia 82)
Vous ne connaissez pas l’UFC? Ni le MMA? Alors vous ne connaissez sans doute pas Mark Kerr, champion qui, dans ces catégories, a fait trembler les plus grands. UFC, c’est l’acronyme pour Ultimate Fighting Championship, une organisation qui promeut et organise des combats d’art martiaux mixtes, en gros, un combat où l’on peut utiliser plus ou moins tous les coups permis dans les différents sports de combat.
Inutile de vous dire que cela saigne fort, et peut amener à de graves blessures et de non moins graves séquelles!
THE SMASHING MACHINE est un biopic qui suit entre 1997 et 2000 un des grands champions du moment, Mark Kerr, dans ses hauts (les championnats remportés au Brésil par exemple) et ses bas (ses problèmes avec les opioïdes pour soigner ses douleurs). Rien de très original à ce niveau puisque l’on suit le bonhomme au fil de ces joies et de ses désillusions sans que le film ne pousse plus l’un ni l’autre, ni n’approfondisse vraiment les causes de ceux-ci.
La mise en scène est classique, les rebondissements sans réelles surprises, mais l’ensemble fonctionne.
La surprise vient plus côté casting puisque c’est Dwayne -The Rock- Johnson (FAST & FURIOUS PRESENTS: HOBBS & SHAW, JUMANJI WELCOME TO THE JUNGLE) qui incarne Mark Kerr avec un réalisme plutôt réussi et une présence sur le ring que son physique ne peut que conforter! A ses côtés, dans le rôle de sa femme, on trouve une Emily Blunt (A QUIET PLACE, EDGE OF TOMORROW) méconnaissable qui s’est fait l’apparence d’une bimbo peinturlurée, ongles à rallonge, parfaitement dans la lignée d’une compagne trophée pour lutteur bas de plafond. Mais elle compose plus que ça: un personnage fragile qui cherche à plaire et à aider son mari, sans trouver de compensation auprès de lui.
Vous l’aurez compris, THE SMASHING MACHINE n’est pas un mauvais film mais son originalité repose plus sur l’interprétation que sur le récit ou la mise en scène, somme toute, très conventionnels.
14h00. A BRAS-LE-CORPS (titre international: Silent Rebellion, Sala Giardino)
Pendant la 2e guerre mondiale, la Suisse était neutre et tenait absolument à cette position. Ce qui fait qu’elle rembarrait gentiment (ou pas) les personnes tentant de rentrer sur son territoire sans autorisation. Souvent raccompagnées à la frontière ou confiées aux bons soins de l’armée allemande, les personnes sans autorisation ne vivaient pas longtemps.
C’est un des sujets de fond de A BRAS-LE-CORPS mais ce n’est pas le seul, puisque l’héroïne, la jeune Emma, 17 ans, dont la mère a quitté la maison et qui doit donc s’occuper de ses 2 petites soeurs et aider son père, se fait violer par un journaliste bourgeois de la grande ville qui n’a visiblement pas compris la différence entre un baiser consenti, et un viol. Deuxième sujet, pour le moins brûlant, du film.

Voici donc un film suisse qui aborde des sujets divers avec un certain talent, les brassants et les utilisant au fil de son récit. Jouant sur des ellipses plus ou moins longues pour permettre au récit de s’étaler sur plusieurs années, A BRAS-LE-CORPS parvient à convaincre grâce à une bonne interprétation et un vrai point de vue dans sa narration.
Si les différents sujets traités ont déjà été vus, le film a pour lui de les aborder d’une façon différente et de faire de la jeune Emma, une prote-parole d’une certaine émancipation féminine de l’époque.
19h15. MARC BY SOFIA (Sala Perla, Hors compétition, Documentaire)
Hormis le fait qu’elle soit la fille du réalisateur d’APOCALYPSE NOW, Sofia Coppola est bien connu pour VIRGIN SUICIDE, MARIE-ANTOINETTE, LOST IN TRANSLATION et plus récemment pour PRISCILLA. Mais elle ne fait pas que des films de fiction, elle réalise aussi de clips musicaux, des pubs ou des documentaires.
C’est à cette dernière catégorie qu’appartient MARC BY SOFIA. Le Marc du titre, c’est Marc Jacobs, un créateur de mode américain né en 1963. Et Sofia le connait depuis plus de 20 ans, ce qui l’aide évidemment à composer un portrait intime et touchant d’un designer de mode iconique.

Elle parvient à lui faire parler de longs moments de son métier, de ses shows et de son inspiration (souvent tournée autour du cinéma et de figures célèbres des arts du spectacle). Par sa maîtrise de la mise en scène et du découpage, Sofia Coppola fait aussi de son documentaire un vrai film avec des infos croisées venant aussi bien des dialogues que de ses images.
MARC BY SOFIA permet de mieux saisir qui est Marc Jacobs mais aussi de comprendre l’attachement de la réalisatrice à la mode, aux décors et aux côtés clinquants de certains de ses films.
22h00. DEAD MAN’S WIRE (Sala Perla, Hors compétition)
Gus Van Sant revient à Venise avec un film hors compétition basé sur un fait divers: le 8 février 1977, Tony Kiritsis, un homme en colère contre sa compagnie de prêt qu’il accuse de l’avoir trompé, kidnappe Richard, le fils du patron, pour demander réparation. Tony réalise ce kidnapping au vu de tout le monde en utilisant un fusil à pompe dont la gâchette est reliée à un filin d’acier lui-même relié au cou de Richard, ce procédé ayant pour nom: « dead man’s wire ».

DEAD MAN’S WIRE n’est pas un « grand » film, mais la maestria d’un Van Sant en terme de mise en scène et de récit lui confère une touche et une solidité que peu de films de ce genre atteignent. Et avec les prestations de Bill Skarsgård ou de Al Pacino, le réalisme en fait presque une sorte de docu-fiction assez efficace.
Par ailleurs, DEAD MAN’S WIRE est aussi la dénonciation d’une Amérique qui laisse souvent ses citoyens lambda sur le côté, le côté « argent d’abord » et « humain ensuite » étant en quelque sorte la marque de fabrique d’un capitalisme à outrance.
On appréciera donc le final du film qui conclut la fable avec ironie.
Et ce soir-là, alors qu’il est bientôt minuit, les nuages annonciateurs d’un orage se massent au-dessus de la lagune, empêchant la lune de s’y refléter…
