Jeudi 28 août 2025. Deuxième jour, mais premier jour venteux et pluvieux (heureusement sans excès!) avec 26 degrés en extérieur et comme d’habitude 18 degrés dans Darsena (j’exagère à peine).
En attendant les orages prévus pour demain vendredi, ce ne sont pas moins de 4 films que nous avons vus pour vous aujourd’hui.
8h30. JAY KELLY (Sala Darsena, Venezzia 82).
Pas de Festival, sans vedettes et surtout sans stars à l’écran (ou en invité). Et devinez qui fait l’affiche de la nouvelle comédie douce-amère de Noah Baumbach (scénariste de BARBIE et réalisateur entre autres de THE SQUID AND THE WHALE)? George Clooney himself accompagné d’Adam Sandler.
Un beau duo pour une comédie dramatique qui s’attaque au monde du divertissement en suivant Jay Kelly, une véritable star hollywoodienne, qui a, depuis longtemps oublié ce qu’est la vraie vie et qui vit entouré sans cesse de son agent, de son chauffeur-garde du corps et de toutes les bonnes âmes qui gravitent autour de lui.
Mais voilà, après une rencontre avec un ancien colocataire du temps de ces études de comédien, Jay va se rendre compte de la vanité de son existence et des nombreux moments qu’il n’a pas eu avec ses filles, Jessica et Daisy.

La comédie de Baumbach est bien huilée et le choix de George Clooney comme star planétaire dans le rôle de Jay Kelly est plutôt un excellent choix. La démonstration sur la solitude de la star fonctionne bien aussi et le spectateur prendra plaisir à voir comment ses vedettes préférées sont entourées en permanence par une nuée de personnages qui profitent de la renommée mais qui donnent aussi énormément en retour à leur star.
Bien sûr, JAY KELLY manque d’originalité sur un sujet déjà maintes fois traité au cinéma et fait plus office d’une comédie « bulle de champagne » que d’une vraie réflexion sur le monde du cinéma et du star system. Mais on se laisse facilement prendre au jeu et on a là une belle démonstration que l’industrie du divertissement mérite bien son nom.
11h15. BUGONIA (Sala Darsena, Venezzia 82).
BUGONIA est le nouveau film du réalisateur grec Yorgos Lanthimos qui était déjà présent en 2023 à Venise pour POOR CREATURES. Adaptation libre du film coréen SAVE THE GREEN PLANET (2003), BUGONIA est sans doute un des films les plus accessibles du réalisateur.
Souvent cryptiques mais toujours intelligents, ses scénarios peuvent être plus exigeants et nécessiter une réflexion plus profonde sur leur sens. Ici, pas de doute sur le sens: Lanthimos nous fait rentrer en force dans le monde des complotistes et l’on pourrait croire qu’il va en dénoncer les travers, mais c’est sans compter les twists qui parsèment le film jusqu’au final.
C’est la 5e fois que le réalisateur retrouve Emma Stone dans un rôle central. Et elle s’en donne à coeur joie dans son personnage de femme d’affaire imbuvable, autoritaire en diable qui veut faire croire à son humanité envers ses employés. Comme dans POOR CREATURES, elle n’hésite pas à casser son image (elle se fait raser la tête en direct dans le film) pour rendre crédible son personnage et la situation dans laquelle celui-ci se trouve.
Très proche de l’original, ce remake change seulement quelques personnages et modifie légèrement le final mais respecte complètement la trame écologique du film coréen. Et il faut bien dire que le discours des deux kidnappeurs en herbe coincide parfaitement avec notre époque où les activistes multiplient les actions de sensibilisation.
Drôle et dénonciateur, BUGONIA joue un peu la carte « pulp » avec son scénario à retournements qui ne se prend pas au sérieux mais ouvre malgré tout la porte à des réflexions sur la notion de complot et d’activisme.
14h15. OTEC (Sala Darsena, Orizzonti).
Ils forment une famille aimante et aisée. Elle, c’est Zuska, lui c’est Michal et leur petite fille, Domenika. Une vague de chaleur est présente sur une partie de la Slovaquie. 37 degrés et les morts dûs à cette canicule se multiplient. Et la mort frappe la famille de plein fouet.
OTEC est un film qui aborde un sujet sensible et déjà vu de nombreuses fois: la perte d’un enfant dans un couple et une famille soudée. La mise en scène est soignée mais classique et le jeu des comédiens, comédiennes est à la hauteur. Mais ce qui fait d’OTEC un film intéressant est à chercher plutôt du côté du récit autour du drame et de la façon de réagir du couple. Le film sort des sentiers battus, et au lieu de faire exploser le couple, il utilise d’autres pistes et propose de ce fait une autre vision peut-être plus optimiste sans pour autant enlever le côté dramatique.

Même si OTEC n’est pas le film de l’année, ce 5e film de la réalisatrice slovaque Tereza Nvotová réussit le pari de faire un film réaliste qui sort des sentiers battus du sujet et apporte une pierre de plus à un édifice qui a déjà été abordé de nombreuses fois avec des points de vue différents.
19h30. AFTER THE HUNT (Sala Darsena, hors compétition).
Luca Guadagnino est un réalisateur italien plutôt prolifique et éclectique dans ces sujets à qui l’on doit récemment QUEER, CHALLENGERS et qui avait réalisé le remake de SUSPIRIA, film de Dario Argento.
AFTER THE HUNT est un mélange de plusieurs genres avec des références (volontaires ou non) aux comédies sociales façon Woody Allen et aux thriller façon Hitchcok. Au-delà de ces références, le fond du récit du film est extrêmement actuel puisqu’il porte principalement sur le harcèlement et les violences faites aux femmes.
On suit donc une professeur de Yale, Alma Olsson (interprétée par Julia Roberts) dans sa vie professionnelle sur le campus et sa vie personnelle avec son mari psychanalyste, Frederik. Cette vie très intellectuelle et bien réglée aux rythmes de discussions de débats va se trouver bouleverser du jour au lendemain lorsqu’une élève, Maggie, préparant une thèse chez Alma va lui confier qu’elle a été violentée par un jeune professeur Hank Gibson (joué par Andrew Garfield).

Cependant, Guadagnino et sa scénariste Nora Garrett (dont c’est le premier scénario) ont l’intelligence de ne pas prendre parti pour laisser aux spectateurs le soin de se faire leur propre opinion. Les personnages véhiculeront chacun via leur personnalité, leurs opinions, dérangeantes, choquantes ou non mais qui permettront selon l’empathie de chacun pour tel ou tel personnage de se forger une opinion.
Le wokisme est bien évidemment aussi sur la table, notamment avec la phrase répétée par le personnage féminin principal, Alma : « Tout n’est pas censé vous mettre à l’aise. » Une nouvelle fois tout dépendra de l’approche du spectateur sur le sujet.
Bien sûr, cette absence de choix ne fera pas plaisir à tout le monde et risque même de faire grincer des dents, ce qui ne devrait pas déplaire à un réalisateur comme Luca Guadagnino.
Et ce soir, c’est une pluie torrentielle qui s’est abattue sur Venise obligeant tous les festivaliers à sortir leurs parapluies! Encore une fois, ni le soleil ni la lune ne se sont couchées sur la lagune…

