80e Festival du Film de Venise: Jour J+5

Priscilla

Lundi 4 septembre. C’est la 4e et dernière fois que les journalistes doivent réserver leur place, cette fois-ci pour les 7, 8 et 9 septembre. C’est une bonne idée de Venise de regrouper les réservations qui sont déjà assez pénibles à faire vu la piètre qualité des plateformes de réservation. A Cannes, il faut réserver chaque jour pour le lendemain et donc s’énerver sur l’interface utilisateur et les bugs de leur soft pendant toute la durée du Festival.

A 6h30 la coloc est debout devant son laptop ou son smartphone et les réservations commencent. Cette fois-ci, j’ai directement un temps d’attente de plus de 20 minutes. Heureusement une des coloc me passera son PC lorsqu’elle a elle-même fini, ce qui me permettra de terminer avant de partir vers le vaporetto.

Nous arrivons en groupe vers 7h devant l’embarcadère et la file est déjà conséquente. Cela devient une habitude qui, apparemment, ne se retrouvait pas les années passées. La Mostra a de plus en plus de succès et certains pass qui ne pouvaient réserver auparavant (les verts) le peuvent d’où beaucoup plus de personnes le matin. On arrive à prendre le 2e vaporetto et l’on se retrouve à temps sur le Lido pour notre rituel brioches et café avant d’aller en salle. Les brioches se font elles aussi très rares et le fait que la petite cafétéria en amène une nouvelle fournée juste après que nous ayons fini la file est particulièrement râlant!

Il est 8h15 quand nous filons comme de coutume vers la sala Darsena pour le premier film de la journée, PRISCILLA de Sofia Coppola, la talentueuse réalisatrice de THE VIRGIN SUICIDES, de MARIE-ANTOINETTE ou encore de LOST IN TRANSLATION.

Tiré de la bio de Priscilla Presley elle-même, le film aborde la rencontre, la vie à 2 et la séparation du couple Priscilla-Elvis. Vous allez sans doute dire: quoi, encore une bio? Oui, c’est effectivement la 4e de Venise (il y en certainement plus mais on n’a pas vu tous les films). Seule différence ici, le film n’épargne pas Elvis ni le côté malaisant de la relation entre les 2. En effet, c’est à 15 ans que Priscilla se trouve pour la première fois en présence d’Elvis avec qui elle échangera rapidement de tendres baisers avec l’accord de ses parents. Proie consentante et follement amoureuse livrée à Elvis, elle subira le contrôle total de celui-ci sous une forme de manipulation perverse complexe à laquelle l’entourage d’Elvis comme la famille Beaulieu de Priscilla participeront.

Sofia Coppola joue très habilement de son scénario montrant sans détour la prison dorée de GraceLand, table sur la différence de taille évidente entre les deux rôles titres pour renforcer le côté enfantin de Priscilla et sur le côté très juvénile du minois de Cailee Spaeny (vue dans ON THE BASIS OF SEX), l’interprète de Priscilla.

Au-delà de sa lenteur volontaire, PRISCILLA est finement ciselée, rien n’étant laissé au hasard depuis les décors, jusqu’à la photographie et conforte le fait que Sofia Coppola a un style bien à elle et un talent qui ne se dément pas!

1h50 plus tard, nous voici dehors, sous le soleil intense de Venise pour reprendre un muffin et/ou une brioche avant de repartir à 11h00 en sala Darsena pour le Woody Allen, COUP DE CHANCE. Film tourné à Paris, en français avec des actrices et des acteurs français, le film n’est pas grand-chose de plus qu’une bulle de savon gonflée et scintillante mais qui disparaît le moment suivant. COUP DE CHANCE raconte la rencontre par hasard de Fanny et de Alain qui se sont connus au lycée, rencontre qui va conduire à un adultère puisque Fanny est mariée à Jean avec qui elle vit une vie de bourgeoise un peu ennuyeuse il est vrai. Le couple Lou de LaâgeNiels Schneider fonctionne plutôt bien et l’on croit à leur amour mais les situations vaudevillesques portées par le scénario de Woody Allen ne fonctionnent pas vraiment. Sans parler de la photographie qui n’est pas à la hauteur de ce que l’on a connu auparavant chez Allen.

Melvin Poupaud et Lou de Laâge dans COUP DE CHANCE

En début de journée, nous avions réservé une table pour 8 à une petite taverne à côté du palazzio pour faire un repas ensemble. Bien sympa de se retrouver et de parler… cinéma bien sûr! Le poulpe était bon, le tiramisu, un peu en dessous de ce que j’avais pu goûter à d’autres endroits de Venise.

Ensuite, réunion en ligne pour moi pour un autre de mes boulots pendant 1h30 avant de me replonger dans l’écriture de ma chronique quotidienne. Il est prêt de 17h05 lorsque je publie la chronique, juste le temps pour moi de me lever, ranger mes affaires et foncer vers la sala Giardino pour voir THE PENITENT – A RATIONAL MAN un film de Luca Barbareschi au scénario de David Mamet (c’est ce qui m’avait décidé à y aller), l’excellent scénariste de HOUSE OF GAMES notamment.

Les scénario de Mamet sont toujours complexes et fins, et amènent toujours à une réflexion à la suite des films qui en bénéficient. THE PENITENT fait aussi partie de ceux-là et résumer un tel film est particulièrement délicat. On peut bien sûr utiliser les résumés tout fait comme celui de l’IMDB: la carrière et la vie privée d’un psychiatre déraillent après qu’il a refusé de témoigner en faveur d’un ancien patient instable qui a causé la mort de plusieurs personnes.

Le film est très dialogué, manipulant des concepts complexes touchant à la part de responsabilité des psychiatres mais aussi à la religion, au wokisme, à la cancel culture et bien d’autres. C’est donc très riche mais plus difficile à suivre après 6 jours de Festival et 26 films au compteur… Il faudra que je le revois à tête et yeux reposés.

Il est 19H15 passé lorsque le film se termine et j’ai juste le temps de repasser en vitesse en sala Darsena pour voir à 19h30 le nouveau Richard Linklater, HIT MAN. Et là, on a droit à presque 2h de franche rigolade et de pur plaisir de cinéma! Le pitch est déjà surréaliste: Gary Johnson, prof de philo dans une université, collabore avec la police en se faisant passer pour un « hit man » (tueur à gages) afin de capturer toutes les personnes qui souhaitent tuer leur prochain.

Adria Arjona et Glen Powell dans HIT MAN

Le film est (très) drôle, les dialogues sont enjoués, les situations sont terriblement décalées, Glen Powell est délirant en personnage multiforme tandis qu’Adria Arjona (MORBIUS, PACIFIC RIM: UPRISING)est séductrice à souhait en bombe latina qui tombe amoureuse du faux hit man, Gary. Fable amorale (les meurtriers s’en sortiront), HIT MAN devrait être un hit au cinéma à sa sortie. Espérons que nous aurons un distributeur en Belgique…

Il est à peine 21h30 lorsque je sors de la salle et je me dirige rapidement vers le vaporetto pour profiter d’une bonne nuit de sommeil (5h43 min pour être précis) avant le lendemain où 5 films seront à nouveau au programme!

Et la lune se reflète sur la lagune comme tous les soirs à Venise.

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