The Killer - Le Tueur
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80e Festival du Film de Venise: Jour J+4

par Eric Van Cutsem
Publié: Dernière mise à jour le

Dimanche 3 septembre. Grosse journée. Non pas forcément en terme de nombre (seulement 4 films) mais surtout parce que c’est le jour du David Fincher, du Bertrand Bonello et du Cedric Kahn. Tous les 3 étant des réalisateurs intéressants, la journée est donc haute en attentes.

Départ toujours aux alentours de 6h50 mais au fil du temps les files au vaporetto sont de plus en plus grandes et comme c’est le dimanche de la régate à Venise et que donc les transports dans la lagune seront plus ou moins arrêtés entre 10h et 17h, la demande est encore plus forte pour aller au Lido tôt le matin.

On loupe un premier vaporetto de justesse mais on attrape le suivant donc pas de gros problèmes. Les brioche al cioccolato sont malheureusement aux abonnés absents encore une fois. On se rabat sur les muffins.

A 8h15 tapantes, on part tous vers la sala Darsena pour voir THE KILLER, le nouveau David Fincher. Un nouveau film du réalisateur de GONE GIRL, de FIGHT CLUB, de SEVEN ou ZODIAC est toujours un événement. Adapté de la BD « Le Tueur » de Jacamon et Matz chez Casterman, le film reprend le principe de ce tueur à gages professionnel, froid, méticuleux dont la voix off explique ses pratiques, justifie ses actes, analyse les problèmes politiques liés à son métier et aux pays où il se trouve. Habité par un Michael Fassbender extraordinaire, THE KILLER (que l’on retrouvera sur Netflix) est divisé en chapitres qui reprennent les étapes d’un échec et d’une vengeance. Si il n’est pas des plus originaux, le film bénéficie du talent incontestable du réalisateur américain et de son cast. Cela donne 2h passées rapidement et agréablement avec des plans magnifiquement mis en scène.

Pas beaucoup de temps entre les deux films car LA BÊTE de Bertrand Bonello (ZOMBI CHILD, SAINT LAURENT) est à 11h dans la sala Darsena. A peine sorti, aussitôt entré. Le soleil tape fort dehors donc le retour à la salle nous permet d’éviter les UV (on se console comme on peut).

George MacKay et Léa Seydoux dans LA BETE

Inspiré par la nouvelle « The Beast in the Jungle » de Henry James, LA BÊTE suit Gabrielle dans un monde où les émotions n’ont plus la côte et où l’on fait subir aux personnes une purge de leur ADN qui les débarrasse de ce côté encombrant. Histoire d’amour avant tout, le film joue sur plusieurs niveaux de temps et de lieux qui ont tendance à diluer le récit principal et à en limiter la portée. Dommage car le sujet a du potentiel et les interprétations de Léa Seydoux (dont c’est la 3e participation à un film de Bonello) et de George MacKay sont très en nuances et sensibilité.

13h45, c’est l’heure du 3e film. Avec les 2h26 de LA BÊTE, cela ne laisse pas le temps de manger mais bien le temps de prendre une glace chez un glacier artisanal à une encablure du palais qui est devenu une cantine pour pas mal de journalistes à en juger par la file à chaque fois que je m’y rends. Fior di Latte et cioccolato fondante au menu…

Miam… 🤩 Fior di latte + cioccolato fondante

En dégustant la glace, direction la sala Darsena pour voir le premier film de Olmo Schnabel (fils de Julian, réalisateur de LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON), PET SHOP DAYS à la sala Giardino (un lieu que je ne connaissais pas encore).

PET SHOP DAYS raconte la rencontre entre Jack, jeune homme plutôt sage, et Alejandro, mexicain fougueux et incontrôlable, dans une New York underground, capitale du vice et de la débauche. Les personnages du film sont tous en colère, se battant contre eux-mêmes ou contre le système, trouvant dans les drogues et la débauche un dérivatif loin d’être innocent. Le film est à l’image de cette colère: explosif, tonitruant, partant dans tous les sens. C’est à la fois sa faiblesse mais ce qui fait aussi la flamboyance de certaines scènes. On suivra avec intérêt l’évolution de la carrière d’Olmo Schnabel qui promet d’être intéressante.

Il est presque 16h lorsque je sors de la vision du film. Je m’installe à la terrasse du palazzo del Casino pour faire ma chronique et voir mon collègue Thibault en train d’enregistrer son podcast pour Cinecast, un partenaire depuis le début de Cinopsis. Il fait lourd et il est difficile de se concentrer avec le mouvement mais c’est en même temps stimulant.

A 19h15, je me dirige vers la sala Perla pour voir MAKING OF, le nouveau Cédric Kahn (après LE PROCES GOLDMAN qui sort sur les écrans en octobre). MAKING OF, c’est l’histoire d’un tournage difficile, un film dans le film, qui montre à quel point monter un film financièrement est compliqué, à quel point vie privée et vie professionnelle sont liées au cinéma, le tout avec un humour du désespoir et un réalisme très réussi. Le film fonctionne plutôt bien et l’on a vraiment la sensation de vivre de l’intérieur le tournage, ce qui démystifie un peu le 7e art mais dans le bon sens.

MAKING OF

Il est encore tôt lorsque je sors de la projection (avant 22h) et j’en profite pour aller dormir plus tôt et faire enfin une nuit de meilleure qualité que les précédentes. Cela ne sera pas de trop, vu que le lendemain ce sont les dernières réservations à faire à 6h30 du matin.

Et la lune se reflète sur la lagune comme tous les soirs à Venise.

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