The Card Counter

The Card Counter

Paul Schrader est définitivement un réalisateur qui bénéficie d’une certaine cote auprès des cinéphiles. Le scénariste de TAXI DRIVER a aussi connu une carrière de réalisateur jalonnée de quelques succès. Malheureusement pour lui, depuis plusieurs années, ses films se font assez discrets si ce n’est un petit coup d’éclat avec FIRST REFORMED. Voici qu’il est de retour avec THE CARD COUNTER présenté en compétition à Venise 2021. 

Un joueur et ancien militaire du nom de William Tell vient en aide auprès d’un jeune homme, vulnérable et en colère. Ils souhaitent se venger d’un ennemi commun de leur passé.

Une chose est sûr avec Schrader, c’est qu’il est toujours bloqué dans les années 70. Bien que le film se déroule de nos jours et qu’on y parle d’événements contemporains comme la torture dans les prisons de Bagram et Abu Graïb, tout dans le film transpire les années 70, période chérie par Schrader. Que ce soit dans les thématiques, dans sa façon de traiter les personnages ou encore dans la musique, tout est fait pour donner une tonalité temporelle très précise au film.

THE CARD COUNTER est l’histoire de Tell, un ancien militaire qui a fait de la prison. Il s’est spécialisé dans le comptage de carte pour jouer au Blackjack et au poker. Il ne gagne jamais de trop grosse somme, il faut pouvoir rester discret et ne pas énerver les casinos. C’est sa rencontre avec le keune Cirk qui va le voir changer quelque peu sa stratégie, pour le meilleur comme pour le pire. Blackjack, poker, torture, Abu Graïb, le lien n’est pas évident. Et pourtant, il est bien là.

Sans doute qu’il serait bon de prévenir d’emblée que THE CARD COUNTER n’est pas un film de casino à la LAS VEGAS 21. Ce n’est pas un divertissement pur jus, on est chez Paul Schrader après tout. Il est bien question d’un drame poisseux comme Schrader les aime. L’ambiance anxiogène et sombre est une de ses marques de fabrique et ce film-ci ne fait pas exception.

Oscar Isaac dans THE CARD COUNTER

Le style Schrader, on aime ou on n’aime pas mais ça fait toujours son petit effet. D’un point de vue de la narration, c’est pareil et les aficionados du metteur en scène reconnaîtront sans problème ce qu’ils aiment chez lui.

Côté casting, Schrader a convoqué Oscar Isaac pour le rôle principal. De l’aveu d’Isaac lui-même lors de la conférence de presse, il espérait travailler avec Schrader depuis de longues années (il avait même déjà auditionné pour lui au début de sa carrière) et Schrader est venu lui proposer le rôle directement après lui avoir promis un jour de bosser ensemble. C’est désormais chose faite. Isaac incarne un personnage hanté par de vieux démons à tel point que l’impact qu’ils ont sur sa vie actuelle a des effets très particuliers. Isaac, qui est à l’affiche de deux autres projets lors de cette Mostra de Venise (DUNE de Denis Villeneuve et la série SCENES FROM A MARRIAGE), trouve ici un rôle plus physique et avec plus d’introspection que ce qu’il a pu avoir ces dernières années. C’est un rôle qui demande beaucoup de la part du comédien et il a réussi à lui donner ce qui était nécessaire. Il est épaulé par Tye Sheridan, la star du READY PLAYER ONE de Steven Spielberg, et Tyffany Haddish, une jeune humoriste qui apporte beaucoup de lumière à ce film sombre. Enfin, Schrader retrouve un fidèle, Willem Dafoe, dans un plus petit rôle cette fois-ci.

THE CARD COUNTER est un bon film avec peu de faiblesses. Peut-être ne mérite-t-il pas les honneurs de la compétition, il n’a sans doute pas les épaules pour, mais c’est un film très solide. Schrader s’est fait plaisir, ses comédiens aussi et, finalement, il régale quand même les spectateurs. C’est tout ce qui importe.

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