Spencer

Spencer

par Thibault van de Werve

Cotation :

5 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Pendant ses vacances de Noël avec la famille royale au domaine de Sandringham, dans le Norfolk, en Angleterre, Diana décide de se séparer du prince Charles.

 

Notre critique:

Ah que voici un projet qui a déjà pas mal fait parler de lui et qui risque bien de le faire encore un moment et pour cause, voici un film qui parle de 3 jours dans la vie de la princesse Diana et la princesse a les traits de Kristen Stewart. De plus, le film est réalisé par le chilien Pablo Larraín, réalisateur qui possède une jolie cote auprès de la critique cinématographique mondiale. Le film a créé un petit choc et on vous dit pourquoi.

Décembre 1991 : le mariage entre le Prince et la Princesse de Galles est affaibli depuis longtemps. Malgré les rumeurs de divorces et liaisons extra-conjugales qui abondent, la paix est décrétée pour les fêtes de Noël au domaine de Sandrigham. Il y a à boire, à manger et à chasser. Diana connaît le jeu. Mais cette année, les choses vont être très différentes.

SPENCER n’est pas un biopic, c’est important de le signaler. Comme l’indique l’encart d’introduction, il s’agit d’une fable inspirée de faits réels. C’est-à-dire que Larraín raconte le Noël 1991, peu de temps avant la rupture entre Diana et Charles, mais que les événements sont purement fictionnels, seulement basés sur quelques rares connaissances avérées. Le processus est très intéressant car c’est presque une espèce de fantasme en fait. Qui sait ce qui s’est réellement passé à Sandrigham lors de ces 3 jours de Noël 1991? Peu de gens le savent en vérité. Mais quand on connait l’état de la relation entre Diana et Charles à l’époque, sa difficulté d’embrasser la fonction de princesse comme voulu et ses tensions avec certains membres de la famille royale, le terrain de jeu est croustillant. Larraín et Steven Knight, le scénariste, ne prétendent donc jamais montrer des faits avérés. Cependant, cette proposition semble, dans une certaine mesure, conforme à la réalité, en tout cas en ce qui concerne l’état d’esprit de chacun.

D’une certaine façon, SPENCER est le deuxième volet de ce qui pourrait être un ensemble de films sur les têtes royales et présidentielles. En effet, le film est dans la continuité de ce que proposait Larraín avec JACKIE. Dans la mise en scène, la photographie (alors que c’est la première collaboration entre Claire Mathon et Pablo Larraín – ce poste de chef-op changeant à chaque film du chilien), la musique (signée Jonny Greenwood décidemment bien inspiré après le score de THE POWER OF THE DOG) ou encore la façon de parler des personnages, il y a une cohérence totale entre les deux films. Bien sûr, le traitement diffère car JACKIE était bien plus réaliste mais malgré tout, la filiation entre les deux, au-delà des simples sujets, est évidente. 

Larraín n’est jamais aussi bon que quand il s’intéresse à des personnages torturés et qu’il les filme de manière intimiste. Peu de personnages ou en tout cas rarement dans de grands groupes, beaucoup de scènes ciblées sur le personnage principal avec souvent beaucoup de scènes d’introspection, telles sont les marques de fabrique du chilien. Cela fait de ses films des œuvres plutôt exigeantes, pas tellement grand public. Bien sûr, n’importe qui peut regarder ces films mais il faut savoir à quoi s’en tenir. Le réalisateur de NO et NERUDA est très exigeant et a un sens du détail poussé. Le montage, poste qui ne change jamais de film en film et reste entre les mains du fidèle et excellent Sebastián Spúlveda, aère le récit grâce à de nombreuses respirations et parenthèses. Le rythme est précis, rien n’est laissé au hasard. Certains trouveront ça lent et c’est bien dommage.

Kristen Stewart dans SPENCER

Mais quid de Kristen Stewart? Si elle est trop souvent et malheureusement ramenée à son rôle dans TWILIGHT, la star américaine a depuis prouvé à de nombreuses reprises son audace. Elle fait souvent des choix payants, en s’orientant vers des auteurs qui ont des personnalités fortes. Elle a délaissé depuis bien longtemps les teen movies et fait depuis une carrière presque sans fausse note. Quand une personnalité célèbre est jouée au cinéma, la crainte est de ne voir que l’interprète et pas le personnage. De par son physique et son faciès particulièrement reconnaissables, on aurait pu avoir cette crainte avec Stewart, ce qui n’a rien à voir avec la qualité, ou non, de son jeu. Fort heureusement, elle parvient à s’effacer derrière le rôle et à laisser Diana exister pleinement. La lauréate du César de la meilleure actrice pour SILLS MARIA essaie un peu de mimer Diana, notamment en reproduisant certaines de ses mimiques mais cela ne gêne jamais. Elle livre une très grande prestation qui devrait finir de la faire reconnaître à la hauteur de son immense talent. Les autres, Timothy Spall, Sean Harris, Sally Hawkins sont tous très convaincants également.

SPENCER est un très grand film. Une fois encore, Pablo Larraín frappe fort avec ce film d’une grande force et émotion. Steven Knight a réussi à proposer une histoire fictive convaincante et qui ne fait pas tache, Jonny Greenwood envoute avec sa musique, Claire Mathon hypnotise avec sa photographie sortie de tableaux et Kristen Stewart livre l’une des meilleures prestations de sa carrière. Exceptionnel, tout simplement.

 

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