Les Misérables (I)
Accueil Critiques Les Misérables (I)

Les Misérables (I)

par Christophe Bruynix
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 129’
Genre:
Date de sortie: 03/11/1998

Cotation:

3 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Allez... un MISERABLE de plus.

 

Notre critique:

On peut difficilement dire autre chose devant cette version famélique du besogneux Bille August, qui n’a pour seule qualité que d’être la moins mauvaise adaptation du roman de Victor Hugo sur le territoire américain (1).

Certes, quelques ingrédients jouent en sa faveur. Les acteurs –Geoffrey Rush (Javert) en tête- font du bon boulot ; la reconstitution minutieuse se complaît dans la crasse d’époque (misère oblige) ; la musique de Basil Poledouris est jouissivement pesante. Mais notre auguste Bille est du genre à se laisser avoir par un principe idiot: « ça ne peut pas être mauvais parce que c’est fait avec de bonnes choses. ». Et il plante l’entreprise comme on fait tourner une mayonnaise: faute de coup de poignet.

Mais comment pouvait-il faire autrement avec son matériau de base, simplifié jusqu’à devenir exsangue? Pour faire tenir la brique de Victor dans 129 minutes, le scénariste Rafael Yglesias la massacre au burin, laissant tomber des pans entiers d’intrigue vitale. Qu’on ne s’y trompe pas: on ne se pose pas la question du respect vis-à-vis de l’oeuvre originale – les réalisateurs sont libres de la recréer à leur guise, quitte à la trahir – mais plutôt celle de l’intensité dramatique, ici rendue microscopique.

Exit les nombreux symboles de la quête de rédemption de Jean Valjean ! Exit le personnage de Thénardier, qui contribuait à intensifier le poids du destin qui l’accable, celui-ci n’est plus poursuivi que par Javert ! Exit les détails de la révolution ! On a droit à une version Reader’s Digest. Ca se passe en France, les républicains veulent abattre le Roi et ils construisent des barricades. C’est peu.

Dès lors, toute l’hénaurmité qui sied au romantisme exacerbé disparaît en même temps que toute revendication sociale. Malgré le gros travail de reconstitution historique, on ne vole pas plus haut qu’une course-poursuite hollywoodienne de plus dont LE FUGITIF -aux origines moins nobles- était un bien meilleur exemple.

(1) Bande de misérables!

Le roman de Victor Hugo partage avec Frankenstein et Dracula le record des adaptations à l’écran. Ici, on en a dénombré 30 dans tous les formats possibles – tube cathodique, grand écran, manga,… et il en manque, c’est sûr. Quantité ne signifie pas – hélas – qualité, les bonnes se comptant sur les doigts d’une main. En voici quelques unes aux fortunes diverses.

Des Américaines

LES MISERABLES (1935) de Richard Boleslawski, avec Fredrich March en Valjean et Charles Laughton en Javert.

LA VIE DE JEAN VALJEAN (1952) de Lewis Milestone avec Michael Rennie en Valjean et Robert Newton en Javert.

« Aucune [de ces versions] n’est inoubliable » – dit Jacques Lourcelles dans son Dictionnaire des Films. L’homme aime la litote.

Des Françaises

LES MISERABLES en trois époques: TEMPETE SOUS UN CRANE, LES THENARDIERS, LIBERTE, LIBERTE CHERIE (1933) de Raymond Bernard, avec Harry Baur en Valjean et Charles Vanel en Javert. Une des toutes bonnes, pur produit de l’âge d’or du cinéma français.

LES MISERABLES en deux époques de Jean-Paul Le Chanois avec Jean Gabin en Valjean et Bernard Blier en Javert. Probablement la pire de toutes, pur produit de la détestable « qualité française » de l’époque.. Scénario de Michel Audiard, un peu paumé quand il ne peut placer de bon mot.

LES MISERABLES en deux époques de Robert Hossein avec Lino Ventura en Valjean et Michel Bouquet en Javert. Tourné pour le cinéma mais calibré pour la télé, producteur principal, ce qui étouffe immédiatement la volonté épique . Reste l’excellente distribution. C’est peu.

Des exotiques

EL BOASSA (Egypte – 1944) de Kamal Semil avec Abbas Farres. Une transposition de l’histoire dans l’Egypte contemporaine.

LES MISERABLES (Japon – 1952) en deux épisodes de Daisuke Ito et Masahiro Makino avec Sessue Hayakawa. Une transposition de l’histoire lors de l’ère du Meiji.

GAVROCHE (URSS – 1935) de T. Loukatchevitch avec je sais pas qui. Contexte politique oblige, tout est centré sur la tentative de révolution et le sympathique gamin. Valjean et Javert passent au second plan.

La meilleure!

I MISERABILI en deux époques: CACCIA AL’UOMO ET TEMPESTA SU PARIGI (Italie – 1947) de Ricardo Freda, avec Gino Servi en Valjean et Giovanni Hinrich en Javert. La plus belle, simplement parce que Freda ne se laisse pas piéger par la fidélité besogneuse. Il n’hésite pas à prendre ses libertés avec le texte original tout en en conservant l’esprit. Et surtout il ose l’énormité: son exagération est permanente, son mélodrame est mélodramatique à l’excès, ses scènes d’actions sont épiques et délirantes. Un bijou de cinéma populaire.

Retour