Benedetta
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Benedetta

par Eric Van Cutsem
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe : Charlotte Rampling, David Birke, Paul Verhoeven, Virginie Efira
Durée : 127’
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 08/09/2021

Cotation :

6 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

17e siècle. Une jeune fille, Benedetta Carlini, descend de son carrosse avec ses parents pour se recueillir devant une statue de la vierge Marie avant d'aller au couvent de Pescia pour devenir une des soeurs épouse de Jésus chez les théatines.

 

Notre critique:

Présenté en compétition à Cannes en 2021, BENEDETTA arrivait sur La Croisette précédé d’une odeur de soufre sans pour autant réellement savoir ce qu’il contenait. L’odeur venait principalement de l’idée même de voir Paul Verhoeven adapter un livre d’une historienne sur la vie d’une sainte, livre intitulé « Immodest Acts: The Life of a Lesbian Nun in Renaissance Italy ». Et en plus de donner le rôle de la sainte en question à Virginie Effira (qui avait déjà joué sous sa conduite dans ELLE).

Pressenti en 2019 à Cannes, le film n’avait pas pu être fini à temps, Verhoeven ayant eu plusieurs problèmes de santé. Il devait sortir en 2020 mais le producteur a retenu la sortie en salle pour le présenter à Cannes en 2021. Tant mieux pour tous ceux qui étaient à Cannes car ce type de film soulève souvent des polémiques comme les aime Cannes.

Mais au-delà de la polémique, il y a le film et surtout un réalisateur qui n’a jamais craint de provoquer les biens pensants et pour qui sexe et religion vont certainement de paire. Il faut dire que la réputation des hollandais en matière de sexe (une certaine liberté) n’est plus à faire. Et le réalisateur de FLESH AND BLOOD ou de TURKISH DELICES sait s’y prendre quand il s’agit de mélanger ce qui théoriquement ne peut l’être.

Il aime aussi les images fortes, provocantes qu’elles soient d’ordre érotique ou sexuel (BASIC INSTINCT) et violentes (il glisse souvent des scènes gore dans ses films).

Si pour beaucoup, BENEDETTA risque fort de ressembler à un brûlot sans réelle homogénéité car le côté brulesque, gore ou premier degré semble l’emporter, il faut essayer toutefois de remettre le film en perspective et surtout de comprendre qu’à partir du livre d’histoire, Paul verhoeven a tout simplement illustré sa propre façon d’analyser cette histoire.

Bien sûr, il y a, dans les faits réels liés à Benedetta, des idées plutôt provocantes alliant mysticisme et sexe qu’exploite à fond Verhoeven. Il se joue de cela en nous proposant des images qui rappellent sans conteste les meilleurs films d’exploitation du genre qui ont été générés par les simples fantasmes au sujet des nonnes et des couvents. Que se passait-il derrière ces murs? Le hollandais s’en donne à coeur joie nous proposant quelques scènes lesbiennes à la limite de la pornographie, quelques scènes qui sentent l’érotisme de pacotille (mais qui fond toujours recette) et quelques scènes qui jouent sur la veine du mysticisme que tout le monde connaît.

Mais il s’intéresse aussi au personnage de Benedetta. Cette femme entre dévotion et mensonge, entre manipulation et foi, est un personnage terriblement moderne qui pourrait facilement rappeler Sharon Stone dans BASIC INSTINCT ou Isabelle Huppert dans ELLE. Au final, il en fait une femme de pouvoir qui tente d’imposer sa vision dans un monde d’hommes par le biais de la religion et du miracle. Sa résurrection et ses stigmates ne sont que les ficelles qu’elle tire pour maitriser son destin.

Paul Verhoeven pourrait s’arrêter là mais il déverse aussi par petite dose des messages qui ne déplairont certainement pas à la communauté LGBTQ+.

Pour quelle raison l’Eglise a-t-elle tant de mal à proposer un message d’amour universel alors que ce serait si simple de voir en l’Eglise et la religion le lieu de tous les rassemblements? Il assène quelques piqures de rappel dans des dialogues sans ambiguïté sur l’amour des autres et sur une vie consacrée à Jésus.

Il va plus loin avec les stigmates (que s’inflige ou non Benedetta), avec le coeur du Christ que Jésus échange soi-disant dans la poitrine de la nonne ou encore avec la résurrection (feinte? peut-être) au moment où le nonce est au couvent pour conduire Benedetta au bûcher. Si l’on décrypte les messages, Benedetta ne serait-elle pas la réincarnation du Christ en femme? Ce qui ne serait que justice après tout ce temps de patriarcat obligé. Mais visiblement, et dans l’histoire vraie de Benedetta aussi, admettre qu’une femme puisse être sainte et lesbienne, n’a jamais convenu et, hélas, on sent que ce n’est pas prêt de changer.

Au niveau casting, Paul Verhoeven a fait des choix tout à fait judicieux, à commencer par le choix de Virginie Effira dans le rôle de Benedetta. Cette dernière est tout à fait éblouissante dans le rôle. Son visage fait merveille dans son habit de nonne lui donnant juste l’air angélique qu’il faut à certains moments. Et le réalisateur hollandais a su aussi capter ce petit sourire tantôt cruel, tantôt malicieux. L’actrice belge a aussi parfaitement assumé ses scènes de nu les rendant très naturelles et ne donnant jamais une impression de voyeurisme. C’est Daphne Patakia que l’on a pu voir dans le film de Gatlif, DJAM ou bien dans NIMIC de Yorghos Lanthimos qui donne la réplique à Virginie Effira et tout son amour dans le rôle de Bartolomea. Lambert Wilson et Charlotte Rampling viennent compléter ce casting dans des rôles de méchants bien caricaturaux (respectivement celui du Nonce de Florence et de la mère Abesse du couvent).

En conclusion, il est tout à fait intéressant de voir que Verhoeven, alors qu’il atteint ses 84 ans, n’a rien perdu de sa jeunesse et qu’il renoue même avec le fond et la forme de ses premiers films. Avec Benedetta il nous assène toute la panoplie de son talent: burlesque, gore, fantasmagorie, mysticisme et sexualité ayant toujours été au centre de son oeuvre.

 

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