The Passion Of The Christ
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The Passion Of The Christ

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Titre français : La Passion Du Christ

Equipe:
Durée : 125’
Genre:
Date de sortie: 06/04/2004

Cotation:

0 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Les douze dernières heures de la vie de Jésus de Nazareth. Sur le Mont des Oliviers accompagné de ses plus fidèles apôtres, Jésus, en proie au doute et mis à l'épreuve par Satan, cherche l'apaisement dans la prière. Pendant ce temps, Judas Iscariote le trahi en le vendant aux chefs des Pharisiens pour quelques deniers. Arrêté et emmené à Jérusalem, Jésus se retrouve devant les dignitaires religieux qui l'accusent de blasphème et lui font un procès qui a pour issue sa condamnation à mort. Alors que la foule gronde et que le conflit politique menace la ville, Jésus est présenté à Ponce Pilate, le gouverneur romain de la Palestine, pour que ce dernier exécute la sentence…

 

Notre critique:

Voilà des semaines, que dis-je des mois qu’on nous rabat les oreilles, qu’on entend tout et son contraire et que la polémique fait rage sur la fameuse PASSION DU CHRIST vision Mel Gibson. Ouf, serait-on tenté de dire, le film sort enfin sur les écrans et l’on va pouvoir enfin juger sur pièces si la chose méritait tant de battage, car après tout, tout cela n’est juste que du cinéma. Certes son réalisateur ne cache pas ses opinions catholiques fondamentalistes et clame à qui veut l’entendre que c’est guidé par l’Esprit Saint qu’il a tenu à illustrer de la façon la plus authentique et la plus réaliste possible les dernières heures de la vie du Christ et c’est justement là que les choses se corsent. Afficher une vision et des convictions personnelles est une chose, mais prendre ses désirs pour des réalités et les faire passer pour des faits historiques en est une tout autre. Reprenant et interprétant avec quelques rajouts et oublis certains passages des Evangiles, mélangeant le tout à la sauce Anne Catherine Emmerich (une nonne allemande mystique du 19ème siècle dont les visions ont été retranscrites avec beaucoup d’imagination), Mel Gibson nous propose donc de faire de la Passion du Christ, un spectacle Hollywoodien de deux bonnes heures où à grands coups de barbarie et de violence son seul objectif semble être de réduire le corps du Christ en bouillie zébrée et sanguinolente. Histoire de faire plus vrai, au cas où en douterai encore c’est donc en araméen et en latin que les détails de cette boucherie historique nous serons donc dispensés (et qu’importe si les spécialistes du christianisme nous rappellent que la langue de l’administration romaine dans la région à cette époque était le grec).

Après une arrestation musclée de Jésus filmée au ralenti comme une scène de combat façon MATRIX, le tout sous une lumière bleutée et blafarde, un œil poché, une pluie de coups et une déferlante d’insultes, quolibets et crachats lors de son entrée dans l’enceinte de Jérusalem, le ton et la couleur son rapidement donnés et le pire reste à venir. Enchaîné, molesté, torturé et défiguré, le Christ de Gibson nous est présenté comme une recordman universel de la douleur capable d’endurer les pires sévices auxquels aucun humain ne pourrait survivre. Pour nous en convaincre, l’ex Mad-Max n’hésite donc pas à nous balancer sur l’écran pendant près d’un quart d’heure une interminable scène de flagellation (qui ne tient qu’en une phrase dans les Evangiles) où les bouts de chairs arrachés et les flaques de sang ferraient passer Herschel Gordon Lewis pour un enfant de cœur. Nul doute que si les moyens le permettaient Mel Gibson aurait fait dégouliner le sang sur les pieds des spectateurs. Du coup pour se consoler et alimenter sa foi, il n’hésite pas à user et abuser de la palette technique que le cinéma spectaculaire affectionne, reléguant les soldats romains au rang de brutes sadiques et dégénérées et réduisant le jeu des ses acteurs à un rictus moqueur et cruel pour les bourreaux et à un regard éploré pour les victimes.

A force de vouloir frapper l’esprit et l’impact émotionnel du spectateur mécréant et pécheur avec pour seuls critères d’efficacité l’escalade dans la violence et le coup de poing dans le ventre pour faire rentrer les choses, Gibson non seulement passe à côté de son sujet mais provoque l’effet inverse souhaité. Tombant dans une surenchère de glauque (chaque clou de la crucifixion a droit à une mise en scène détaillée et son litre d’hémoglobine savamment déversé) et rajoutant toutes les trois minutes une couche de gore et de mauvais goût (qui aurait sans doute ravit les amateurs du genre si il avait s’agit d’un tout autre sujet), il réduit sa Passion du Christ à une histoire simpliste et caricaturale truffée de fascination malsaine et voyeuriste. Du coup lorsque la caméra s’écarte des plaies et se hasarde sur le regard de Marie ou entrecoupe le carnage de flash-back teintés de catéchisme simpliste et abrégé (on serait même presque tentés de rire lorsque Gibson tente de nous faire croire que Jésus est l’inventeur de la table haute), l’anesthésie a déjà fait son effet et l’on n’y trouve plus de trace d’humanité, on est tout juste sonné.

Raconter une histoire est un art qui demande de la subtilité et de la finesse pour que puisse s’établir une connexion entre les personnages et le public, dans cette démonstration éclaboussante et peu nuancée, Mel Gibson qui n’a pas pris le temps de se pencher sur l’importance de l’ellipse ou de la suggestion, nous prouve que ferveur religieuse et inspiration artistique ne font pas toujours bon ménage. Sans âme, dénué de dimension spirituelle et religieuse, sa PASSION DU CHRIST fonctionne principalement à la souffrance physique, à la colère et au dégoût. Bref on est loin du message d’amour et de paix de son héros qui est censé inspirer méditation et recueillement. A défaut d’éveiller les consciences, une chose est sûre, ce pur produit commercial est déjà une manne céleste en centaines de millions de dollars pour son réalisateur. A votre bon cœur…