One Night Stand
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One Night Stand

par Olivier Guéret
Publié: Dernière mise à jour le

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Genre:
Date de sortie: 14/10/1997

Cotation:

0 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Max (Wesley Snipes) est à New York pour le boulot. Il en profite pour rendre visite à son ami Charlie (Robert Downey Jr.) atteint d'une maladie incurable. Bleu dans sa tête après cette rencontre et en vue d'un repositionnnement dans son couple, il tombe sur Karen (Natassja Kinski). Elle est sexy, spirituelle et intelligente. Tous deux mariés et conscients de leur état civil, ils se charment doucement. De fil en aiguille, emportés par leur désir commun, ils se retrouveront au lit pour une nuit... Sentant au fond d'eux les premiers crépitements du feu de la passion, ils retourneront chacun de leur côté pour retrouver leur conjoint respectif et leur vie précédente... Mais elle n'aura plus le même goût, paraissant bien plus fade aux papilles d'un Max vivant avec la constante présence de Karen en lui...

 

Notre critique:

Les histoires d’amour d’une seule nuit ne durent-elles réellement qu’une nuit ou peuvent-elles chambouler le cours d’une vie? Cette question existentielle est le point de départ et d’arrivée de ONE NIGHT STAND. Subtilité, délicatesse, sensibilité, intelligence, amitié et amour sont les maîtres-mots du dernier film de Mike Figgis. Le titre et quatre pages de synopsis furent l’oeuvre d’un Joe Eszterhas garni de trois millions de dollars supplémentaires. Du pseudo-travail d’Eszterhas, il ne reste que le titre…

Le scénariste-réalisateur-producteur-compositeur Mike Figgis confirme en beauté son statut d’auteur (à divers titres) grâce à son dernier film ONE NIGHT STAND. Fort du succès critique et public de LEAVING LAS VEGAS, Figgis distribue les cartes d’une histoire d’amour à plusieurs vitesses. Ce superbe épisode est, ici, croisé avec celui d’une amitié forte comme la vie (catalyseur d’émotions retenues ou éclatées, ainsi que de rencontres). Le scénario offre de magnifiques rôles aux acteurs. Si Snipes porte le couvre-chef principal, ses compagnons de pellicule n’ont aucune jalousie à formuler à l’égard de leurs personnages respectifs. Ils sont tous chéris, entourés d’amour et d’affection par un cinéaste consciencieux. Tous brillent de milles feux dans des rôles parfaitement découpés et amplement humains.
Sans incriminer aucune charge quant aux faits et gestes de ses personnages, le scénariste les laisse évoluer dans leurs situations, leur confiant ainsi leur destin…

La force principale du film réside, hormis dans ses personnages, dans les non-dits ou plutôt dans la manière qu’emploie Mike Figgis pour nous faire pénétrer dans les jardins secrets de Max et des autres. Les faits, les gestes, de même que la musique, parlent beaucoup: tous sont d’habiles substituts à des dialogues qui se voudraient lourds ou redondants. Le scénariste a su s’effacer au profit du compositeur (Figgis s’est attablé à son studio dès le début du montage: ce musicien de formation a toujours laissé une place prédominante à la musique dans ses films): c’est avec une aisance remarquable qu’il donne la parole à la musique. Détrônant les mots, elle accompagne les acteurs dans leur jeu. Alter ego de leurs sentiments, elle les guide dans leurs mouvements. Rarement l’impact musical et son usage au sein d’un film auront pris tant d’importance.

Les non-dits, les gestes, la musique… Tous ces détails trahiront leurs pensées les plus secrètes, ils annihileront un passé définitivement révolu, donnant ainsi un nouveau rythme au quotidien de ces êtres en mal d’amour. Quel que soit ce rythme, il immergera nos couples dans un ‘no man’s land’ affectif. Le conjoint se muera en poids face au désir latent d’un nouvel amour, d’un nouveau souffle de vie. Ils devront ainsi gérer une situation qui leur tombe dessus sans qu’ils n’aient rien demandé. Et puis, le plus naturellement du monde, les gens changent, évoluent et se redécouvrent en remarquant une différence flagrante avec leur ‘moi’ passé. Le temps des décisions arrive, l’avenir leur dictera le bien-fondé de leur choix…

ONE NIGHT STAND est un film majeur par sa beauté, son humanisme, sa remarquable approche du sujet. Pas de méchant, Mike Figgis ne pointe personne du doigt, il présente ses personnages et nous les fait accepter tels qu’ils sont. Il est doux avec eux, tout comme sa caméra. Elle, amoureuse de ses acteurs, se muera en caresse pour adoucir l’amertume de certains sentiments. Un petit chef-d’oeuvre par un grand monsieur du cinéma contemporain.