La vie de Ian Curtis, leader du groupe mythique de rock anglais Joy Division. Tiraillé entre sa vie de famille, sa gloire naissante et son amour pour une autre femme, Ian Curtis s'est suicidé le 18 mai 1980, à la veille de la première tournée américaine du groupe qui s'annonçait triomphale.
Ian Curtis a changé le rock, sans le vouloir, sans le savoir.
CONTROL est le premier long-métrage d'Anton Corbijn, le clippeur et photographe de Depeche Mode, U2, Metallica, Jeff Buckley ou encore de feu Nirvana. Ceux qui sont familiers avec l'oeuvre du hollandais le plus connu dans le métier reconnaitront sans difficultés la griffe de son auteur: le cadrage rappelle sans aucun doute la plupart de ses clips et le grain de la pellicule, le noir et blanc est de rigueur, est rugueux et il colle à la réalité. C'est sans surprise que dans la forme, Corbijn sublime l'état d'esprit des personnages ainsi que le contexte dans lequel ils vivent et dans lequel ils veulent transcender leurs conditions.
Car Corbijn insiste sur le fait que CONTROL n'est pas un film musical: même si le propos est musical, il ne peut pas être réduit uniquement à cet aspect. Il préfère rendre hommage à ce jeune chanteur , attachant et ensorceleur, qui se retrouve au milieu de tourbillons qu'il n'a jamais demandés: celui du succès espéré qui se révèle envahissant, celui de l'amour et du romantisme entre son épouse et sa maitresse et qui le rongera dès le début pour ne jamais le quitter ou encore celui de sa condition physique qu'il veut ignorer mais qui le rattrappera fatalement.
Ian Curtis n'était pas un rocker destructeur, simplement un jeune poète déchiré qui s'est retrouvé sur le devant de la scène musicale des années 70 et dont le groupe deviendra un emblème incontournable. Les nombreuses scènes de musique et de concerts live sont jouissives par leur simplicité et leur efficacité. Sam Riley qui interprète le chanteur, émeut, soulève l'admiration et attise la compassion. Son interprétation est sans aucune faille et ce, à tous les niveaux.
Pas de goût pour la provocation chez les deux hommes , tant de la part de Corbijn dans sa narration que de Curtis dans sa vie et pour ce dernier, pas même dans le choix du nom de son groupe qui fait allusion aux bordels allemands pendant la Seconde Guerre mondiale: juste une révolte d'ados qui se prennent à rêver.
Les fans de Joy Division y verront indéniablement l'hommage ultime au groupe mais également à toute une époque et à un état d'esprit qui semblent désormais révolus. Et en cela, soucieux de ce détail, Corbijn a relevé son pari haut la main. Belle reconversion pour lui car il s'en est vu récompensé: CONTROL s'est vu décerné la mention spéciale de la Caméra d'or au dernier festival de Cannes.
Mélanie Che [ Autres critiques de Mélanie Che ]
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