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Samy Naceri en promo survitaminée, un entretien à lire à tête reposée en n'hésitant pas à fractionner les doses.
Une banale séance d'interview peut parfois se transformer en aventure étrange au delà du réel et pas très loin d'une incursion dans la 4ème dimension. Les lignes qui vont suivrent ne relèvent pas d'une absorption excessive de substances illicites de ma part ou d'une défaillance de votre ordinateur mais sont le témoignage d'une expérience proche du surnaturel que j'ai vécue alors que, remontée comme un coucou suisse et boostée par 1h45 de "boum boum pan pan", le crayon fraîchement taillé, la bande du magnéto calée et le bloc-notes griffonné de questions musclées, je m'apprêtais à bondir dans une salle de conférence de presse afin d'y affronter la nouvellement "Tomb-Raiderisée" Nadia Farès et le toujours excellent et surprenant Pascal Greggory pour leur gesticulante prestation dans NID DE GUEPES, film estampillé 100% pure action et gâchette made in France. Tout a commencé par l'arrivée inattendue de la mascotte "Besonnienne" Samy Naceri escortée par un cerbère black de fort beau gabarit, couvert de chaînes en or et vêtu d'une panoplie directement sortie d'un clip de MTV… (Après renseignements pris, on nous annonce qu'il s'agit de Martial Odone, un acteur du film et également vieil ami d'enfance de l'inopiné Samy, nous n'en saurons pas plus car il n'aura pas l'occasion d'ouvrir la bouche.)
Le temps de reprendre nos esprits face à ce changement de dernière minute, le poitrail recouvert d'un seyant sweat-shirt noir brodé d'un guêpe géante jaune citron, d'une voix de stentor accompagné de grands moulinets avec les bras, Samy Naceri nous interpelle.
S.N.: Ca sent bon, ça sent très bon tout ça, je crois qu'on a prouvé comme avec TAXI qu'on a réussi, nous français, à faire un film d'action, pas gratos tu vois. Avec des (…) ça tire par-ci, ça tire par là et pi de l'émotion et pi de l'amour et pi et pi t'es complètement déstabilisé parce que t'as l'impression qu'un tel va aller dans tel chemin et pi au fil du cours…Euh au cours du film tu t'aperçois ben que c'est pas du tout le chemin qu'il va prendre, et ça c'est vachement important. Un autre truc qui est vachement important pour moi en tout les cas (…) comme le film que je viens de terminer avec mon frère qui s'appelle LA MENTALE, j'aime bien que les personnes qui écrivent des scénarios sachent de quoi elles parlent. Par exemple quand on ouvre une porte et qu'on fait un cambrioleur, comme dans les films de Jean-Paul Belmondo que j'adore, le mec il a des gants… Bon ok il faut pas tout montrer au spectateur, pas lui donner toutes les failles aux jeunes téléspectateurs et aux moins jeunes pour que justement ils fassent des erreurs et pas leur donner toutes les ficelles pour cambrioler, mais moi en tous les cas, en tant qu'acteur j'aime bien que tout soit crédible…
NDLR: A ce stade de l'entretien il est important de préciser que dans un souci de rigueur et d'authenticité face à l'enthousiasme et la spontanéité de S.N afin de ne pas dénaturer ses propos, j'ai souhaité les retranscrire en version intégrale. Or donc le monologue se poursuit et personne n'a encore réussi à en placer une.
S.N.: …Et quand j'ai appelé Florent-Emilio Siri, je lui ai dit: "Mais t'es sûr de ce que tu racontes? Parce que quand même ça fait un peu peur ton histoire!" En fait non non non, la mafia Albanaise c'est bien réel, elle existe depuis le 14ème siècle et ils lavent le sang pour le sang. Tu vois ça veut dire que ma génération à moi va être exterminée dans le sang, mes enfants aussi, les enfants de mes enfants des enfants de mon fils vont être aussi exterminés et ça va comme ça de génération en génération. Et ils se sont aperçus que la mafia Albanaise prenait le dessus du coup ils ont été obligés de faire un partage avec la mafia Sicilienne. Et aujourd'hui c'est un esclavagiste au niveau des femmes, on leur fait croire que que… Ce film est un film de femmes pour faire voir que les femmes de l'Est ont leur fait croire que… Pi elles viennent en France pour être serveuses dans un bar ou pour travailler, je sais pas moi, bon dans un magasin de chaussures, ben au final elles se retrouvent sur un trottoir tatouées au fer comme des animaux. Et ça Emilio il l'a très bien montré, il savait de quoi il parlait, il connaissait bien son affaire et c'est ça la chance qu'on a eu...
NDLR: J'ose une tentative en le regardant droit dans les yeux, mais visiblement les magasins de chaussures et l'historique de la mafia sont plus forts que moi et le débit et les moulinets avec les bras s'accélèrent.
S.N.: ...Un casting merveilleux, j'veux dire très hétéroclite. De s'retrouver comme ça tous ensemble dans un film ça nous a donné beaucoup plus de pêche. C'est difficile dans ce hangar, tournage de nuit très éprouvant mais ça allait avec notre personnage. Ouais, parce que tu vois au début on est là tous ensemble à siffler cette chanson des SEPT MERCENAIRES... On avait fait un peu d'impro au départ, pour un peu situer nos personnages, mais c'était de l'impro bien ciblée. Comme il fallait resserrer les liens entre le personnage de Benoît et moi, reconstruire notre amitié... Et à un moment donné quand il me dit "le soleil, mon ami, le soleil" je lui dit dans le camion "on s'la fera notre place au soleil" et lui reprend après, "le soleil mon frère, le soleil mon frère" et ça tu vois c'était de l'impro bien structurée. Et pi j'entend souvent dire les actrices qui n'ont pas de rôle pour eux, et là je crois que les filles sont bien servies sur un plateau. Nadia Farès un tiens un truc là, elle parle en anglais, en italien et elle a même fait un stage au GIGN. On a eu des armes faites exprès pour le film, les effets spéciaux on a rien à envier aux américains. Non encore une fois on a prouvé nous, jeunes réalisateurs, jeunes acteurs, qu'on était capables de faire un film d'action à l'américaine et qu'ils avaient pas le monopole. D'ailleurs à un moment ils nous ont enviés notre cinéma noir et blanc des trucs comme LE DOULOS, LE CLAN DES SICILIENS et autres. Et pi c'est pas de la violence gratuite, ce mec Nexhep c'est un dur faut pas le lâcher, il est dangereux le mec. Tiens si tu compares avec LES AFFRANCHIS…
NDLR: Un silence de mort règne dans la salle, abasourdis, interloqués, les journalistes se regardent avec des yeux ronds comme des soucoupes. Les effets secondaires des moulinets se font ressentir et l'on commence à avoir le mal de mer. Mais imperturbable S.N. se lève pour nous mimer Robert De Niro entrecoupé de commentaires sur le fameux sweat-shirt.
S.N.: ...C'est vachement bien joué, c'est rigolo, c'est bien fait, c'est du Scorsese mais c'est gratuit. Et tout le monde s'est précipité pour aller voir le film, j'ai adoré, tout le monde en parle LES AFFRANCHIS, SCARFACE machin et tout ça (…) non là la violence elle est justifiée, bien travaillée et longuement réfléchie. En plus c'est un film sur la fraternité et nous les acteurs on s'est tous tout de suite bien entendus. Et pi de toute façon moi je pars d'un principe, si j'arrive sur un tournage et que je commence par me prendre la tête direct avec les acteurs, j'peux pas jouer. Je peux pas donner de l'amour et de l'amitié… Si t'es dans ta caravane et que tu te dis "oh putain j'vais être obligé de jouer avec l'autre, prise de tête, il est casse-couilles, c'est pas possible". Moi je suis quelqu'un d'ouvert c'est dans ma nature, pour que je pète les plombs faut vraiment qu'on pousse le bouchon hyper loin quoi... Et là on était une vraie équipe, comme une vraie bande qui va faire un vrai braquage. Et y avait pas de star plus qu'une autre, on se donnait tous ensemble des conseils moi j'écoutais Benoît. Et pi lui il m'écoutait et ça se ressent vraiment dans le film tout ça…
NDLR: Tandis que mon voisin de gauche a capitulé et que celui de droite somnole, je m'interroge sur la marque de vitamines de l'ami Samy et celle de somnifères de son acolyte. Ouf, il se rassoit, à ce rythme là il va pas finir la promo à moins d'augmenter les doses.
S.N.: ...C'qui faut saluer aussi c'est que le producteur a signé le scénario sur 15 pages, moi je connaissais Florent par l'intermédiaire d'IAM, j'avais vu ses clips et son 1er film et je savais que côté technique et direction d'acteurs il était fortiche. Mais pour un producteur aujourd'hui faire confiance et débloquer l'argent sur 15 pages y'en a pas beaucoup. Moi j'ai monté ma société de production, aujourd'hui je crois que j'ai un crédit au niveau des télés, des chaînes et tout ça… Ouais j'ai envie moi aussi de tendre la main et de faire confiance à des mecs si je les sens bien et pi en parler autour de moi, à mon frère… Voilà ok, c'est quoi 150 000 francs... Bon y a des gens qui gagnent beaucoup moins et bon c'est la vie. Moi j'ai ramé, j'ai touché le RMI et aujourd'hui dieu merci c'est fini, mais maintenant je peux foncer, mettre de l'argent. J'ai un scénariste c'est mon frère Bibi qui écrit super bien. Il vient de m'écrire un film qui sera sans doute à 90% moi et Guillaume Canet et pi j'ai envie d'acheter aussi des droits de bouquins et d'en écrire un mais ça c'est en cours aussi un truc où je raconte d'où je viens, ma famille, les marchés, les boulots de peinture avec mon père, toute la galère pour en arriver au cinéma. (enfin il reprend sa respiration)
"Vous avez déclaré vouloir vous tourner aussi vers des films d'auteurs, quuuuue….?" Il me coupe la parole mais whaouh, youpi j'ai quand même réussi un bout de question, du coup mon voisin de droite sursaute.
S.N.: Ben j'y suis allé je viens de terminer le film de Laetitia Masson LA REPENTIE avec Isabelle Adjani. Mais NID DE GUEPES c'est aussi un film d'auteur, bon c'est pas du tout un film intello machin et les intellos vont sûrement venir le voir et prendre du plaisir. Ce que je veux dire c'est que j'ai envie d'aller vers des réalisateur comme Téchiné, Emilie Deleuze… Je sais que je suis un acteur, que je suis malléable, je suis pas plus bête qu'un autre je l'ai prouvé. En 15 ans de carrière je dois en être à mon 27 ou 28ème film, j'ai prouvé que j'étais capable… Dans LA MENTALE et dans FEROCE vous verrez encore plus que je suis capable d'aller dans d'autres registres. C'est vrai que je suis quelqu'un qui aime bouger, sauter à droite à gauche, attraper les gens, les faire basculer, moi je suis prêt à une cascade si on m'en met une. Là dans le film de mon frère que je viens de terminer y avait une cascade, un truc à faire en tête à queue avec une voiture je leur ai dit "attendez j'vais vous la faire moi soyez gentils" et pi on me dit "ouais mais les cascadeurs y sont là tu vas pas leur bouffer leur pain". C'est pour ça peut-être qu'en tant que producteur je pourrais être plus libre et pi y'aura des films où je jouerai pas mais je pense que serais là et au service du film. Luc Besson il est jamais venu sur les tournages pour prendre la tête à Gérard Krawczyk, il a eu deux ou trois problèmes avec des réalisateurs parce que c'était pas le film qu'il voulait faire... Il avait écrit un scénario et le mec était parti à droite et à gauche, donc là, normal faut mettre les pieds dans le plat.
NDLR: Rire étouffé dans la salle, les nerfs se relâchent, les mâchoires commencent à bailler et le copain de Samy nous confirme qu'il n'est pas muet en passant un coup de fil sur son GSM.
S.N.: ...Y a pas de genre bien spécifique, j'aime les films de voyous. Là on vient de prouver qu'on était capable d'en faire un, ça pète de partout... Euh j'ai envie d'aller vers plein de thèmes, la famille, les mélanges, la réinsertion. C'est des choses que je connais ma mère est française et mon père algérien à un moment donné il a fallu que je choisisse soit rester dans ma banlieue à tenir les murs ou faire du cinéma. Je me suis battu, battu pour arriver à ce qu'on ma fasse confiance jusqu'à la rencontre avec Luc Besson et TAXI qui m'a donné la chance d'avoir la reconnaissance du public et de la profession. L'autre jour j'étais sur internet et j' avais envie, mais là en tant qu'acteur de jouer un serial killer à la française, un tueur de femmes très froid, on sait pas qui c'est. Le mec il est là, il travaille peut-être dans la police, c'est un tueur et pi peut-être aller jouer une belle histoire d'amour, je sais pas. J'ai pas vraiment d'idées préconçues mais on est en train de voir, là en ce moment je suis sur un remake d'un film de Lino Ventura on est en discussion pour les droits avec sa famille et je pense le produire et y jouer le rôle principal.
NDLR: Les gloussements se font moins discrets et un masochiste ose une ultime question. "Luc Bess……?" Whaouh, youpi et de deux, c'est un festival !
Ouais et pi faire un truc avec Luco. Aujourd'hui j'ai mûri j'ai vieilli. Sur TAXI 1 il me disait qu'il fallait que je construise les bases, il me disait que la fondation de ma maison je l'avais pas. Et je l'ai revu y'a un mois et il m'a dit "Samy aujourd'hui tu as toute ta maison, continue". Mais j'oublie pas d'où je viens j'ai toujours un pied en banlieue mais faut être vigilant t'as des parasites qui risquent de te faire perdre la tête. A un moment donné je l'ai perdue, j'ai fait des conneries mais grâce aux femmes qui étaient autour de moi j'ai très vite acheté un extincteur et j'ai très vite flingué les parasites. Bon y a encore ce truc avec l'hôtesse de l'air, ils m'ont condamné alors que j'étais pas présent pour me défendre… Mais je peux pas en parler vu que j'ai fait appel et que et que c'est pas encore jugé, mais quand le procès sera fini on verra que j'avais pas tous les torts et que la réalité est différente de ce qu'on écrit ou que les médias ont dit. Aujourd'hui je me suis calmé, je sors plus, je me consacre à l'éducation de mon fils, à ma petite vie, à mon travail et à ma société de production… (clac, sauvée par le gong ma bande vient de se terminer. Cà tombe bien Mme Naceri entre dans la salle pour venir chercher son bavard de mari et nous en profitons pour évacuer les lieux.)
NDLR: Pour les courageux et téméraires qui ont réussi à arriver jusqu'au bout, encore toutes nos félicitations. Malheureusement Cinopsis n'ayant aucun accord avec un laboratoire pharmaceutique, nous ne sommes pas en mesure (en guise de dédommagement) de vous offrir un boite ou un tube de comprimés contre la céphalée ou autre trouble migraineux. Veuillez bien nous en excuser et à très bientôt pour un nouveau voyage dans le monde merveilleux et enchanté du cinéma.
Sylvie Jacquy
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