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Robert Englund
Robert Englund = Freddy Krueger. Une identification devenue tellement automatique qu'on oublie qu'il a d'abord été vedette du petit écran dans la série V et qu'il ne porte pas le gant griffu dans plus de trente-cinq films. AAAaarrrgghhHH a voulu savoir comment le comédien vivait sa cohabitation avec ce rôle énorme, une des icônes les plus importantes du cinéma populaire.
Cinopsis: Ne vous sentez-vous pas emprisonné par Freddy Krueger? Robert Englund: Freddy me poursuivra jusqu'à ma tombe. Je l'ai joué huit fois, cela me prenait deux à trois mois par an. J'ai fait de la télévision et d'autres choses ces quatre dernières années, sans revêtir son masque. Mais certains de mes projets télévisés ne sont pas transformés en série. Donc je suis revenu au cinéma l'année passée. J'ai joué dans trois films, dont WISHMASTER. Au moment où nous parlons, MEET THE DEEDLES, une production Disney, sort aux USA dans 3000 salles. C'est une comédie où je partage la vedette avec Dennis Hopper. En septembre de l'année prochaine je reprends le rôle de Freddy pour FREDDY VS JASON réalisé par Rob Bottin. Vous le voyez, j'ai une carrière variée, je ne suis pas emprisonné par le rôle de Freddy. Freddy m'a apporté beaucoup de bien: sans lui, je n'aurais jamais été une star mondiale. Je ne me serais jamais retrouvé ici, avec vous. Je n'aurais jamais pu visiter cette superbe exposition Magritte. Je n'aurais jamais eu cette merveilleuse vie internationale.
C.: Sans Wes Craven non plus... R. E.: Exact. C'est lui qui m'a choisi. Mais avant, la série V m'avait aussi ouvert de nombreuses portes. Un an avant d'avoir le rôle de Freddy, j'étais invité par un festival à Milan. J'étais assis à une table avec Catherine Deneuve, Fernando Rey, Dustin Hoffman et j'ai remporté le prix du meilleur second rôle dans une mini-série en battant Richard Chamberlain!
C.: Vous fait-on toujours jouer les méchants? R. E.: Non, c'est du cinquante-cinquante. Dans les années septante je jouais toujours "le bon copain". J'ai été le bon copain de Jeff Bridges, d'Arnold Schwarzenegger, de Jan Michael Vincent, de Peter Strauss, de Dennis Christopher. Je n'ai joué que quelques méchants. Avec Jeff Goldblum, j'étais un des salauds dans UN JUSTICIER DANS LA VILLE de Bronson... Ou bien j'ai affronté Burt Reynolds dans un Robert Aldrich. Généralement, ces personnages secondaires venaient du Sud des USA, donc pendant tout un temps, on m'a aussi fait jouer les Sudistes. V a été mon premier grand succès: je jouais un personnage très doux, pacifiste. (...)
C.: Passer du gentil de V à l'affreux Freddy a dû être un changement radical... R. E.: Je croyais que je jouerais dans V encore pendant plusieurs années, mais la série a été brusquement interrompue. J'ai une histoire qui illustre très bien le changement. J'étais à New-York, dans le magasin spécialisé S-F Forbiden Planet, avec William Shatner. J'avais plus de fans que lui! Ma file s'allongeait jusque sur le trottoir. Ils attendaient sous la pluie. C'étaient des blousons noirs, des dingues de hard rock, avec des anneaux dans les oreilles et les narines. Ils ne venaient pas pour le gentil bonhomme de V mais pour Freddy. C'est à ce moment que j'ai compris que LES GRIFFES DE LA NUIT était devenu un film-culte. Sans aucune publicité, le film avait acquis sa réputation par un gigantesque bouche-à-oreille.
C.: D'où vient Freddy Krueger? R. E.: Je ne sais pas d'où vient le nom de Krueger. Sa consonance germanique vient probablement de Wes qui a cherché du côté des contes des frères Grimm. Mais je sais que l'idée du personnage vient d'un souvenir d'enfance de Wes. Une nuit, il regardait par la fenêtre de sa chambre et il a vu un clochard - qu'on appelle aujourd'hui par l'euphémisme politiquement correct de "sans-abri", pour se cacher la réalité. Donc ce clochard couvert de cicatrices, lève les yeux et croise son regard. Terrifié, Wes s'est caché sous ses couvertures, puis il a de nouveau risqué un oeil. Et le clochard était toujours là! Il le fixait toujours! Il portait un long manteau et un pull rayé. Wes s'est encore caché et soudain, il a entendu qu'on frappait à la porte d'entrée (il frappe des coups lents et répétitifs sur la table, c'est sinistre). Mais Freddy a aussi une valeur symbolique. Wes l'a surnommé "notre salaud de père à tous". Symbole de la vie adulte corrompue qui attend chaque enfant une fois l'innocence perdue. Les premiers contacts avec la drogue, la violence familiale, les abus sexuels, l'alcoolisme.
C.: N'auriez-vous pas préféré être une icône positive, comme Indiana Jones? R. E.: Si j'avais pu orienter les choix de ma carrière, j'aurais aimé être comme Jeff Bridges, Donald Sutherland, Gary Oldman ou Tim Roth. Je ne veux pas être un héros. Mais bon... Aujourd'hui, je suis star d'un genre. J'ai tourné à Budapest, à St-Petersburg, à Milan, à Tel-Aviv, en Afrique du Sud. Je ne me plaindrai jamais de cette vie merveilleuse. En plus, avec Freddy, je suis resté en contact avec de nouveaux réalisateurs et ce public juvénile, amateur de rock, d'horreur, qui m'ont permis de rester jeune. (...)
C.: Au cours des années, Freddy est devenu plus amusant qu'effrayant. R. E.: Cela vient essentiellement du montage. Sur le plateau, j'improvisais des blagues pour ponctuer les scènes. On me demandait aussi d'imaginer des plaisanteries pour "détendre" mes victimes, un peu comme la Mort donnerait un baiser. Mais c'était dans la salle de montage que les blagues étaient privilégiées au détriment du reste. Parfois, c'était facile et crétin. La faute en revient aux réalisateurs et aux monteurs.
C.: Parlez-nous de la série télévisée FREDDY'S NIGHTMARE. R. E.: J'ai réalisé quelques épisodes. Cette série était prévue pour une programmation nocturne: c'était macabre, violent, érotique. Hélas, elle était produite pour un grand groupe de distribution, une fois diffusée sur les chaines nationales, elle passait sur les chaînes locales qui en faisent ce qu'elles voulaient: au Texas, on l'a programmée à six heures du soir! Il y a eu des lettres de plaintes, des problèmes avec la censure et la série s'est arrêtée. Dommage, certains épisodes étaient excellents (...) Nous les réalisions pour presque rien. A la même époque, la série boursoufflée TALES OF THE CRYPT dépensait 3 ou 4 millions de dollars par épisode. Quand ses producteurs au bord de la faillite ont dû réduire les coûts, ils ont fait appel à mon équipe. (...) Freddy faisait quelques apparitions. Parfois comme personnage de l'histoire, parfois comme narrateur à la manière de Rod Serling dans LA QUATRIEME DIMENSION (...)
C.: Pouvez-vous imaginer un autre acteur jouant Freddy? R. E.: Non, je suis très possessif. De la même manière que j'aurais aimé que Boris Karlof n'abandonne jamais son rôle de la créature de Frankenstein, je ne voudrais jamais voir Freddy se faire massacrer. Il a été bon pour moi: je veux lui rendre la pareille. Je le mènerai jusqu'au bout.
C.: Même s'il y a encore une dizaine de suites? R. E.: Il n'y en aura pas dix. Encore une ou deux peut-être.
Olivier Loncin
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