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Films
Interview de Oliver Stone (28/01/1998)

  Oliver Stone s'essaie au film noir et au western

Oliver Stone était présent au 25e Festival International du Film de Bruxelles à l'occasion de la vision du film U-TURN. Comme toujours, Cinopsis était à la conférence de presse pour saisir au vol ses propos...

Comment avez-vous choisi les acteurs?
J'ai eu beaucoup de chance. Je m'étais fixé un budget maximum, et j'ai été voir quelques studios. J'ai essuyé quelques échecs. Puis, je suis arrivé chez Columbia, à Phoenix. Je leur ai dit que je voulais faire le film à ce prix-là. Avec ou sans stars. Ils ont accepté.
En réalité, je pensais faire un film plus modeste. Mais Sean Penn était disponible. Jennifer Lopez et Nick Nolte voulaient travailler avec moi depuis longtemps. C'est eux qui sont venus! Claire Danes était encore une inconnue (ROMEO AND JULIET n'était pas encore sorti). De même, SLINGBLADE de Billy Bob Thornton n'était pas non plus terminé. Tout le monde a accepté de travailler pour presque rien. Ils ont pris des pourcentages. On a bouclé le film pour 20 millions de dollars.

Considérez-vous ce film comme une pause récréative au milieu de vos films plus politiques ?
Je ne pense pas. C'est un film de genre, un suspense, un thriller avec de éléments d'humour noir. Je le situe entre le film noir et le western.
Les films de genre vous permettent de faire des choses plus personnelles, plus sérieuses que quand vous tournez une biographie. U-TURN parle d'illusions, de faux-semblants. Sean Penn est aussi aveugle que John Voigt, l'indien. Jennifer Lopez est poussée par des motifs inconscients, complexes, des pulsions sauvages. Nick Nolte aussi se trompe. Il croit la posséder. Quant à Power Boothe, le shérif, il s'imagine qu'elle le suivra jusqu'à Milwaukee. Tous ces gens sont dupes. Et finalement, chacun reçoit son dû.

Pourquoi la violence est-elle si présente dans vos films ?
Regardez les meurtres dans les films d'Hitchcock. Ils sont affreux, horribles. Tuer, croyez-moi, est quelque chose de difficile. Cela ne suit jamais les plans. Et cela génère parfois des situations pleines d'humour noir. Je déteste les films télévisés où les morts ont été tués gratuitement, trop facilement, de manière tout à fait irréaliste. La violence que je représente est réaliste. La plupart des homicides sont commis par des gens qui connaissent leur victime. Ce sont des crimes passionnels.
Dans U-TURN, la violence est extrême parce que la réalité est comme cela. La violence vient des personnages. Elle doit être vraie, avoir des conséquences. Elle doit choquer, parce qu'elle conduit à la mort et que la mort est sacrée.

Que pensez-vous de l'influence de la violence sur les enfants ?
Inconsciemment ou pas, la violence les entoure: dans les cours de récréation, à la télévision. Elle fait partie de leur vie, tout comme le sexe et les autres sujets tabous. Si on veut construire une société qui compartimente et évince des fonctions telles que la violence et le sexe, cela ne marchera pas. On va désacraliser le corps humain. Ce sera un monde d'apparences, proche de celui de FARENHEIT 451. La société américaine n'en est plus loin...

Comment s'est passée la collaboration avec Ennio Morricone ?
Pour moi, c'était un grand honneur de travailler enfin avec lui. Je l'avais déjà contacté en 1989, pour BORN ON THE FOURTH OF JULY, mais il était occupé. La musique qu'il a composée pour Sergio Leone cadrait particulièrement bien avec ce que je voulais: une musique ironique, une ambiance comparable. Dans ce film, rien n'est tel qu'il semble être... La musique crée un climat surréel qui augmente au fur et à mesure de la journée.
On a fait de même avec les couleurs. On les a travaillées pour renforcer les tons primaires. Le résultat est assez étrange.

Etes-vous particulièrement inspiré par des événements politiques récents ou des personnalités particulièrement marquantes des dernières années ?
Reagan serait quelqu'un d'intéressant. Mais en fait, je ne choisis pas consciemment de tourner un film politique. Je m'intéresse aux événements qui ont façonné mon époque et ma génération.
Si je devais ajouter une pièce au puzzle, je choisirais Martin Luther King. Sa vie est une parabole de mes peurs actuelles. J'aime son point de vue. En fait, je travaille sur le script depuis quelques années. Mais comme d'habitude, je suppose que je serai condamné d'avance. D'ailleurs, lors d'une récente controverse, la presse américaine m'a accusé de préparer un film de conspiration. Or, ils n'ont pas lu le script.
Je pense qu'il est réellement de plus en plus difficile de prendre des sujets contemporains qui touchent au social ou à la politique. Au cinéma, vous voyez de plus en plus de fictions. On vise une nouvelle classe de spectateurs: l'audience. Des consommateurs à qui on attribue des besoins, le happy-end par exemple. Je suis persuadé que cette approche est erronée. L'industrie cinématographique traverse une crise sociale.
Dès que vous touchez aux valeurs sacrées de la société, vous êtes dévorés tout cru par la presse. Les médias sont de plus en plus puissants, on ne peut plus lutter contre eux.

Qu'est-ce qui vous pousse à être réalisateur?
Je suppose que c'est le besoin de m'exprimer. J'aime m'exprimer à des niveaux plus profonds. Pendant la guerre du Viêt-nam, mon existence a été viscérale, basées sur les sens. J'ai découvert ensuite que la caméra m'apportait tout ce dont j'avais besoin pour m'exprimer.
Je crois que pour être un bon réalisateur, il faut faire preuve de ténacité, respecter les traditions comme le code cinématographique ou le travail de ses prédécesseurs. Parce que ce sont eux qui ont construit votre environnement de travail. Je déteste l'ego des réalisateurs. Ils pensent faire quelque chose d'extraordinaire, alors que ce n'est que temporaire. Après, le temps reprend ses droits et vous juge.

TITANIC vient de sortir. C'est un des plus gros budgets du cinéma. Pourquoi avez vous choisi de tourner un film à petit budget ? Quelle est votre cible ?
Je ne suis pas du genre à faire du marketing en regardant des petits tableaux.
Le business et l'économie deviennent de plus en plus monstrueux. C'est l'inflation depuis 1990. TITANIC marque une nouvelle étape, celle des 200 millions de dollars. Qu'il soit bon ou pas, c'est ce qui pouvait arriver de pire. Les studios se sont regroupés pour pouvoir produire des budgets de plus en plus importants. Du coup, ils sont moins réceptifs aux besoins individuels. Ce sont des corporations et dans un sens, c'est du fascisme. Il n'y a plus de volonté de produire des budgets moyens.

Jean-Dominique Quinet


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