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Films
Interview de Frederik Du Chau (24/06/1998)

  Frédérik Du Chau: Un belge à Hollywood

BRUXELLES. Entre Londres et Los Angeles, Frédérik Du Chau nous a accordé quelques minutes pour répondre à nos interrogations. Ce sympathique jeune belge est le réalisateur du premier dessin animé produit par la Warner Bros. La langue de bois, il ne connaît pas. Droites et précises ses réponses ne sont pas évasives. Il n'y a pas à dire, ce garçon a de l'avenir et de plus il ne fait pas vendeur de soupe.

Cinopsis: Quelles ont été les règles que vous avez dû suivre?

Frédérik Du Chau: Règles?... Hummm, non, enfin... les gens qui m'ont payé ont demandé à avoir un dessin animé traditionnel et de suivre le scénario.

C.:Vous n'avez pas pris part à l'écriture?

FDC: Non, mais j'étais là! Les scénaristes faisaient leur boulot, me l'apportaient, j'anotais quelques reflexions, on en parlait et ils réécrivaient. Cela a tourné de cette manière pendant un an et demi.

C.: Pourquoi avoir choisi des dessinateurs belge (Frank: 'Broussaille' et 'Zoo') et français (Claire Wendling: 'Les lumières de l'amalou') pour développer le côté visuel de votre dessin animé?

FDC: J'adore leur travail et je les trouve très talentueux. Leurs dessins sont très puissants et par dessus-tout leurs styles correspondaient au projet: ils utilisent et aiment beaucoup la nature, les fôrets, les pierres... On avait besoin de ça. Dès que j'ai su que j'aurais assez d'argent derrière moi, j'ai décroché le téléphone et leur ai demandé s'ils désiraient collaborer au projet.(...) Et puis, j'ai grandi avec eux... J'ai pu suivre les séries grâce à mon frère qui m'envoie les nouveautés.

C.: Pourquoi les chansons ont-elles toujours eu une si grande importance dans les dessins animés américains?

FDC: D'abord parce que cela rapporte beaucoup d'argent et que c'est une industrie totalement différente qui est attachée aux dessins animés. Comme cet ingrédient a marché avec les autres studios, Warner voulait suivre la mouvance. Je les trouve assez chouettes et elles font bien progresser l'histoire, elles doivent obligatoirement la faire avancer. Les éléments qui se trouvent dans les chansons proviennent du script.(...) Mais je vous rassure, Warner compte bien développer des projets ne comprenant aucune chanson.

C.: Quelle est votre préférence avec ou sans chanson?

FDC: Cela dépend du sujet... Mais je préfère de loin, un dessin animé pour adulte assez noir et sans chanson... Tout compte fait cela m'importe peu.

C.: Avez-vous pu percevoir une influence de la japanimation comme l'Europe a pu la ressentir, avec des changements de styles flagrants chez certains dessinateurs ou encore au niveau des animés?

FDC: Elle a une influence énorme aux Etats-Unis. Tous les artistes américains adorent la japanimation et se tiennent au courant de l'évolution du genre. Elle a d'ailleurs influencé le design de certains personnages sur THE MAGIC SWORD, on peut le sentir.(...) J'aime ce genre. Il cherche plus le contact entre les personnages, c'est plus adulte... De plus les animateurs sont beaucoup plus enclins à réaliser des animés d'auteur, ça me plaît vraiment!

C.:Comme choisit-on le compositeur, ici en l'occurence Patrick Doyle?

FDC: Je n'ai jamais considéré THE MAGIC SWORD comme une dessin animé, mais bien comme un film. Avec mes éléments scénaristiques, j'ai comparé toutes les bandes que nous avons reçues des compositeurs et j'ai fait mon choix sans savoir qui j'écoutais. J'ai arrêté mon choix sur une bande et c'était Patrick. J'ai recommencé cette expérience deux semaines plus tard et je suis de nouveau retombé sur une de ses compositions... sa combinaison musicale m'a plu et voilà!

C.: Pouvez-vous expliquer l'étape concernant les bandes?

FDC: Les agents de certains compositeurs nous les envoient à partir du moment ou ils ont pris connaissance du projet. Aucun nouveau matériel sonore n'est créé avant que notre choix soit fait. Nous écoutons les précédentes compositions et devons choisir le style qui collera le plus à notre histoire.

C.: Même si votre film est de facture classique, vous n'avez pas hésiter à recourir à l'image de synthèse. C'est vraiment l'avenir de dessin animé?

FDC: Le futur passera par une combinaison des deux types d'animation ou l'un ou l'autre de manière séparée... Mais c'est juste un autre outil, vous avez un bic à la place d'un pinceau et un ordinateur. C'est juste plus compliqué, il y a tellement de possibilités. Mais je n'ai pas de préférence en la matière. Je me concentre sur mes personnages et sur le caractère de l'histoire. Je me fous de la manière dont je porte mon histoire sur les écrans que ce soit avec des acteurs, de l'animé ou de l'image de synthèse. Si je pouvait la faire passer avec deux bouteilles, c'est ce que je ferai. Le reste, je m'en fous!

C.: Êtes-vous anxieux quant au succès ou bouillon que pourrait se prendre le film?

FDC: Non, j'ai fait de mon mieux. je suis content du résultat et le studio aussi. Le big boss de Time Warner a réellement apprécié le film... et voilà je ne peux pas faire plus. C'est aux équipes promotionnelles à rentrer en jeu maintenant.

C.: THE MAGIC SWORD est-il un enfant ou un boulot comme les autres?

FDC: ... Un enfant parce que je suis le seul à avoir été du début à la fin sur le projet. J'ai travaillé dix-huit heures par jour, sept jours sur sept pendant un an. J'ai suivi un régime spécial et je dormais cinq heures par nuit. Et je recommencerai volontiers...

C.: Vous comptez rester chez Warner?

FDC: Je me fous du studio, je suivrai les projets que je trouverai valables. Vous savez , je suis à une stade où j'apprends encore tous les jours...

C.: Un qualificatif ou une réflexion sur vos anciens employeurs?

FDC: Disney? Je ne veux plus jamais avoir à faire à eux.
Baer Animation? C'est là que j'ai réellement appris à animer.
Sony Wonder? Ma première opportunité pendant laquelle j'ai appris à travailler avec beaucoup de personnes en même temps.
Universal (il réalisa THE LAND BEFORE THE TIME 3)? Là, j'ai appris à laisser-aller et à ne pas toujours tout prendre sous mon aile.
Chuck Jones Studios? La rapidité et l'usage des gags...
Warner? Ma première super-grosse réalisation et j'ai beaucoup appris concernant les politiques de studios.

C.: La même chose mais pour vos voix?

FDC: Gary Oldman? C'est un génie!
Cary Elwes? Le mec le plus gentil de la planète.
Eric Idle? Il est très marrant.
Gabriel Byrne? Très intelligent.
Pierce Brosnan? C'est une vrai star.

Olivier Guéret


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