Brenda Blethyn: Victime de l'effet Oscar
Sa voix fluette et sa personne sont en contradiction avec le personnage de mère excentrique qu'elle interprète avec délice dans LITTLE VOICE. Ses rires fréquents et sa proximité démystifient l'actrice qu'on a parfois du mal à imaginer devant une caméra tant sa gentillesse et son attention sont naturelles. Après nous avoir épatés par sa surprenante interprétation dans SECRETS AND LIES, Brenda Blethyn retrouve un rôle à sa (grande) mesure sous la direction du réalisateur de BRASSED OFF. CINOPSIS: Quelle a été votre première réaction à la lecture de votre personnage si truculent? Brenda Blethyn: Ce personnage sautait littéralement des pages. Il était si vivant, on ne pouvait pas passer à côté. Mes précédents rôles étaient d'emblée sympathiques. Ici, il fallait convaincre et donner vie à une telle femme était un défi auquel il fallait rajouter une relation filiale intense et profonde. Cette mère égoïste, optimiste et tout à la fois compréhensive était aux antipodes de mon rôle de mère dans Secrets and lies où j'étais généreuse et pessimiste. De plus, on n'a pas pris d'optique précise sur mon personnage, même si on ressent une certaine compassion, on est resté sincère. On n'a pas voulu dicter une émotion, le public se fera son avis au fur et à mesure avec les possibilités de l'aimer une minute et de le détester juste après. C.: Vous souvenez-vous de votre premier jour sur ce film? B.B.: Oui, quand j'ai débarqué pour le casting, je venais de finir un tournage en Australie. Je portais un ensemble brun et les cheveux courts et étais, à mon avis, trop bien habillée pour le rôle. D'ailleurs, j'ai appris par après que Mark avait quelques soucis. Il croyait avoir fait le mauvais choix. Il allait d'ailleurs refuser, même après les différents essais, il ne me voyait pas dans ce personnage. Pour rentrer dans le rôle, j'ai du teindre mes cheveux (ce n'est pas une perruque!), parler avec l'accent du Nord de l'Angleterre et inventer une partie du vocabulaire comme électricité qui devient électriquerie. Mais j'ai réussi à le convaincre et je crois qu'il en est content... (rires) C.: Quelle est la différence professionnelle entre Mike Leigh (SECRETS AND LIES) et Mark Herman? B.B.: Travailler avec Mike Leigh, c'est travailler sans scénario. Il s'appuie sur la frustration de ses acteurs pour construire son film. Il a une histoire, c'est tout. Et nous ne la connaissons même pas. On ne sait pas à quoi cela va ressembler, on se sait pas quel rôle on va jouer quand on commence. Le processus créatif est assez ardu. Il faut pouvoir bâtir un personnage avec un passé, des raisons de vivre. On doit pouvoir deviner ce qui va nous être demandé. C'était totalement différent avec Mark puisqu'on avait un véritable scénario et que l'on savait parfaitement où on allait. C.: Vous avez eu la chance de tourner dans des films offrant de superbes compositions féminines... B.B.: Oui... et il n'y a pas assez de bons rôles pour les femmes. (...) Mais, la plupart de ma carrière s'est déroulée à la télévision et au théâtre, j'adore le théâtre. Combiner ces différents domaines est ardu. Les dates correspondent rarement, de plus il y a l'effet Oscar. On a peur de me donner des rôles dans des premiers films de nouveaux réalisateurs mais je préfère collaborer avec de nouvelles têtes que de me cantonner dans un circuit trop huilé. J'aime les nouvelles rencontres, les idées fraîches. Le risque en vaut bien la chandelle... De plus, depuis ma récompense, beaucoup de professionnels pensent que je n'ai plus envie de me retrouver sur les planches, ce qui est totalement faux. Je pense d'ailleurs y retourner cette année...
Olivier Guéret
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