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Films
Interview de Lambert Wilson (05/01/2004)

  Lambert Wilson répond aux sirènes d'Hollywood tout en chantant le cinéma d'auteur

On l'a souvent rangé dans la case "acteur dandy et intello pour cinéma d'auteur" et c'est vrai que cette image de type froid et torturé lui a longtemps collé à la peau comme un vieux chewing-gum trop longtemps mastiqué. Enfant de la balle, formé au Center Drama de Londres, Lambert Wilson sait pourtant tout faire, jouer la comédie, chanter et même comme papa, monter sur les planches et mettre en scène. S'offrant la possibilité d'une carrière internationale grâce à son rôle de Mérovingian dans les deux derniers volets de MATRIX, il ne se gène pas depuis pour multiplier les tournages chez l'Oncle Sam, histoire de casser son image de garçon trop sérieux. C'est à l'occasion de la sortie de PAS SUR LA BOUCHE, le dernier film d'Alain Resnais que nous l'avons rencontré. Loquace et en toute décontraction, il nous parle de son admiration pour le doyen des cinéastes français, de sa fascination pour le cinéma américain mais aussi de ses rêves et de ses projets.

Cinopsis: Vous êtes souvent en tournage aux Etats-Unis ces derniers temps, alors ça se passe comment chez les américains?

Lambert Wilson: Ben j’y suis encore, je suis en plein CATWOMAN. Ca se passe très très bien, les tournages sont un peu long mais sur celui-là c’est plutôt sympa. On est trois français, moi, Pitof et le gars de la photo, du coup on fait de la résistance, on est une sorte de Cheval de Troie sur le territoire américain.

C.: Il semble que dans les années à venir les français aient la côte dans les rôles de méchants là-bas?

L.W.: C’est vrai que dès qu’on est européen et encore plus quand on est français, pour les américains on est forcément méchant. Dans CATWOMAN je joue clairement un méchant, bon dans MATRIX c’est un méchant mais pas très sérieux quand même. Dans TIMELINE qui doit sortir au printemps en Europe, curieusement, je joue un français un peu plus sympathique. Sans doute parce qu’il a été envahi par la perfide Albion, c’est un film qui se passe en pleine guerre de 100 ans. Bon le type est quand même un peu rustre, on devine qu’il sent pas très bon, qu’il pue l’ail, mais bon c’était rigolo à jouer car c’est le genre de truc que l’on me demande pas de faire en général.

C.: Ce qui est amusant c’est qu’en ce moment on peu vous voir à l’affiche dans MATRIX où l’on vous demande de forcer sur votre accent français et dans PAS SUR LA BOUCHE où l’on vous demande de forcer votre accent anglais.

L.W.: Pour moi ces deux films ne sont pas si éloignés que ça. Les Frères Wachovsky et Alain Resnais sont avant tout des auteurs. Certes les moyens de MATRIX sont des moyens de grand studio mais sur le principe de préparation c’est exactement ce que je connais en France. Les Washovsky sont des gens qui écrivent leur scénario et contrôlent absolument tout.

C.: Leur comportement vis à vis des acteurs est également comparable?

L.W.: Je pense qu’il y a plus de connaissance chez Alain Resnais des acteurs, il les aime énormément et il est fasciné notamment par les acteurs de théâtre. Les Washovsky eux, sont peut-être plus fascinés par l’image. Dans le premier volet on m'a dit qu’ils étaient un peu paniqués par les acteurs. Du coup dans le second et le troisième volet qui ont été tournés en même temps, il ont beaucoup mieux su parler aux acteurs, la communication est mieux passée. Sur le plateau finalement, là où ils se ressemblent, c’est qu’ils ne disent pas grand chose. Je pense que c’est un peu le cas de tous les grands metteurs en scène, ce sont de gens qui considèrent que le casting est la chose la plus importante de la direction d’acteurs et que c’est à ce moment là que tout se décide et qu’il ne faut pas se tromper. Après il faut seulement laisser les acteurs travailler.

C.: Comment s'est passé le tournage de PAS SUR LA BOUCHE?

L.W.: Alain nous a fait énormément répéter. On a d’abord répété les chansons séparément, puis on les a enregistrées, puis on a à nouveau répété dans le studio. On a tourné les scènes dans l’ordre, ainsi de jour en jour il y a eu une sorte de frénésie qui s’est emparée petit à petit de nous, nous faisant accélérer le rythme du film. Le problème très particulier qui s’est posé à nous et dont on a un peu souffert vient du fait que les chansons ont été enregistrées musicalement à un stade assez précoce des répétitions. On a donc été obligé en tant qu’acteur de se plier au rythme qui avait été déterminé par le directeur musical. Comme le tempo d’une chanson c’est aussi le tempo d’une pensée, on était pas toujours d’accord sur les caractères des personnages. C’est terrible de se plier à quelque chose qui a été déterminé d’avance. Mais il fallait faire un enregistrement parfait des chansons pour que l’on puisse ensuite faire des play-back dessus.

C.: PAS SUR LA BOUCHE est-il en quelque sorte une comédie musicale?

L.W.: Pour Alain ce n’est pas une comédie musicale, il estime que pour ça il doit y avoir de la danse. Ici on se situe plus dans la tradition américaine du vaudeville c’est à dire du théâtre chanté. Je ne sais pas si c’est plus facile ou pas qu’une comédie musicale, en tous cas pour moi qui en ait déjà fait, je trouve cette expérience plus jubilatoire. Dès qu’on arrivait à une scène, il y avait un morceau chanté. Il passait sur le plateau 40 fois dans la journée et tout le monde chantait même les techniciens. Il y avait une sorte de bonne humeur incroyable qui parfois même devenait cauchemardesque parce qu’il arrivait parfois que vous ayez les neurones entièrement envahis par les chansons. On dort avec, on vit avec, ça vous gagne!

C.: Qu'est-ce qui est le plus difficile sur un tournage comme celui-là?

L.W.: Le moment le plus important dans ce genre de film c’est lorsque le personnage se met à chanter. Il faut qu’il ait une raison sinon ça fait vraiment "attention voilà la chanson"! En plus il faut que la personne qui envoie le play-back soit extrêmement à l’écoute des acteurs. A une seconde près ça peut sonner faux. Vous avez aussi un travail énorme de post-production entre les scènes parlées et chantées avec cette broderie musicale qui crée une atmosphère et que nous n’avions pas sur le plateau.

C.: Vous étiez le seul vrai chanteur de la troupe.

L.W.: Oui mais je n’étais pas là pour faire une démonstration vocale. Au contraire ç’était même un danger pour moi. C’est vrai que les acteurs ont dû travailler pour apprendre à chanter mais pas pour devenir des chanteurs d’opérette et du lyrique. Pour moi ça a été très rigolo à faire parce que j’étais très admiratif de mes camarades et je me suis dit attention, ne tombe pas dans le panneau du baryton. Mon personnage est très dessiné et marqué, on joue même avec les clichés parfois.

C.: Qu'est-ce qui vous fascine chez Alain Resnais?

L.W.: Vous savez chez Alain le plus fascinant ce sont ses yeux, ils pétillent et on a l’impression qu’il voit les choses pour la première fois comme un enfant qui s’émerveille. Quand on va chez lui on est frappé par le nombre d’objets qui font partie de son enfance et qu’il garde et qu’il utilise. Par exemple il fait ses mises en place avec des maquettes et des petits personnages un peu à la STAR WAR. En même temps c’est quelqu’un qui est très méticuleux et sélectif. Il est très sophistiqué dans l’humour et la distance, il est incollable sur beaucoup de choses qui concernent l’image. Par exemple j’étais très surpris qu’il était très au fait de MATRIX et qu'il ait adoré le premier. Quand on a tourné RELOADED n’était pas encore sorti. Je crois que le propre des génies c’est la mémoire. J’ai l’impression que les gens qui ont fait avancer les choses ont une capacité à stocker les informations et à pouvoir les analyser. Alain peut vous citer plan par plan une quantité phénoménale de films.

C.: Il y a d’autres metteurs en scène qui vous fascinent à ce point? On a l’impression qu’il peut vous demander n’importe quoi, vous signez les yeux fermés.

L.W.: Oui bien sûr! En même temps j’étais très embarrassé par sa proposition. Quand j’ai lu le scénario, j’ai trouvé le projet en général génial mais je n’aimais pas du tout le rôle d’Eric Thompson. Je ne le voyais pas du tout, trou noir total et j’étais jaloux des rôles de tout le monde. Je me disais, Isabelle Nanty va faire un tabac, Sabine ça va être incroyable, Pierre c’est un rôle pour lui et moi j’ai le personnage qui dit rien, qui est raide, tout le monde le déteste, il a pas d’humour, je ne le visualisais pas. Alain en plus , m’avait dit en parlant de lui "c’est une colonne et il a des lunettes!" Bon… Voilà… Et puis un jour en allant chez lui, je lui ai montré mon ticket d’entrée de la visite d’une exposition de Max Beckmann où il y avait son autoportrait qui me faisait penser au personnage. Alors il s’est levé et est allé cherché sa reproduction du même autoportrait et là c’était bon. En fait on s’était mis d’accord sur le même tableau à distance sans s’en être parler, c’est quand même pas mal ! Mais pour revenir à votre question, oui il y des metteurs en scène qui me fascinent comme lui, Kusturica par exemple. Ce sont des metteurs en scène qui ont un univers onirique très fort et un style.

C.: Et peut-être aussi la capacité de faire des films d'ensemble.

L.W.: Oui, ce que ne savent pas faire les américains sauf peut-être Woody Allen et Robert Altman. D'ailleurs ça me rappelle une soirée extraordinaire que j'ai passée. Je crois que c'était en 1999. J'ai été invité par Alain Resnais à passer la soirée du 31 décembre avec Woody Allen, les deux ne se connaissaient pas. Il y avait sa sœur, sa productrice et Sabine Azéma. C'était complètement surréaliste, parce que finalement ces deux génies étaient tellement gênés l'un et l'autre qu'ils n'avaient rien à se dire. Pour moi c'était une soirée miraculeuse, je me pinçais toutes les deux minutes et en même temps rien ne se passaient entre ces deux grands timides. On a commencé dans un grand restaurant parisien et ensuite on a terminé au night-club du Ritz où les gens se mettaient des chapeaux pointus et là les deux avaient l'air de chiens déguisés et devaient sans doute passer la pire soirée de leur vie dans ce tintamarre. Ils détestent tous les deux le bruit. C'était une soirée totalement ratée mais qui restera gravée dans ma mémoire jusqu'à la fin de mes jours.

C.: Vous semblez garder un formidable souvenir de ce tournage.

L.W.: C’est très agréable un tournage comme celui-ci. On est en vase clos, entre nous. Chez Alain Resnais le rapport humain est une qualité extraordinaire. Tout le monde l’appelle "Monsieur" parce que c’est quelqu’un de tellement digne, courtois et délicat dans ses attentions et sa façon de vous parler que ça se répand à tous les membres du tournage. Quelqu’un qui aurait un comportement vulgaire sur le plateau, ne tiendrait pas longtemps, il serait éjecté par le groupe immédiatement. Chez lui tout le monde est charmant, on passe une heure à se dire bonjour (rires).

C.: Ce n'est pas le cas sur les plateaux américains?

L.W.: La grande tristesse sur les plateaux américains c’est qu’en fait on est très souvent seul. Dans sa loge, dans sa chambre d’hôtel… C’est très long… Là c’était du football, un travail d’équipe jubilatoire. Je crois que la musique sur le plateau a apporté de la chaleur a renforcé l’aspect choral du film. La partition nous fait avancer ensemble et ça empêche les égarements égocentriques. On sentait sur ce tournage qu’on vivait tous un moment précieux et le dernier mois tous les soirs on organisait un truc, une fête, un pot, on voulait pas se lâcher. On le dit souvent mais là je vous assure c’était sérieux on était tristes de se quitter.

C.: Ce n'est pas trop difficile d'enchaîner sur autre chose après une expérience comme celle-ci?

L.W.: Je suis passé à autre chose très rapidement puisque après j’ai enchaîné sur COLETTE avec Marie Trintignant. Du coup les choses ont été très contrastées, très rapidement… Cela dit ce fut un très joli tournage, avec des gens de très grande qualité et beaucoup de qualités humaines. Quand je tourne en France, j’ai la sensation qu’on est plus en famille. On termine assez facilement derrière une table, c’est dans notre culture ce côté popote. D’ailleurs sur le tournage de PAS SUR LA BOUCHE, on commençait la journée par un petit déjeuner dans la loge de Sabine. Chez les américains on ne mange pas ensemble, chacun reste dans son hôtel.

C.: Qu’est-ce qui vous amène alors à traverser l’Atlantique pour tourner?

L.W.: C’est la réalisation d’un vieux rêve. Il faut respecter ses rêves d’enfants je crois, sinon on tombe malade. Je veux pas avoir de regrets et donc je veux les accomplir et peut-être qu’après je passerais à autre chose parce que je verrais que c’était pas plus que ça. J’ai toujours été attiré par le cinéma américain. En plus l’intérêt pour moi en tant qu’acteur c’est qu’on m’y propose d’y faire des choses très variées parce qu’on me fait faire des essais, et c’est ça qui m’intéresse. Pour moi c’est un moyen de sortir des ornières dans lesquelles j’ai pu tomber en France. Dans TIMELINE, je joue un chevalier qui passe son temps à découper des têtes sur les champs de batailles, on me le proposerait jamais ici et puis c’est aussi une façon d’être en contact avec des créateurs hors frontières. Je souffre beaucoup du fait que nos films ne sont pas assez distribués à l’étranger. J'aime bien être connecté au reste de la planète et c'est vrai que les films américains c'est un vecteur plus facile.

C.: Tourner aux Etats-Unis a changé beaucoup pour vous vis à vis du regard des réalisateurs ou producteurs français?

L.W.: Oui nettement, c'est d'ailleurs assez ambigu. Les français râlent beaucoup sur le cinéma américain et leur attitude culturelle impérialiste et en fait dès que vous mettiez un pied là-bas, tout à coup vous êtes revêtu de prestige aux yeux de ces mêmes français. Je l'ai vraiment senti à Cannes cette année. En même temps je suis très lucide et je veux pas me faire avoir avec cette poudre aux yeux, alors je rabaisse en permanence l'illusion, je noircis le tableau. Mais moi je trouve ça passionnant cette expérience sur des grands plateaux, parce qu'on a plus de temps pour préparer les rôles. Comme je suis assez lent et méticuleux dans ma façon d'aborder les rôles, ça me convient assez bien. Dans MATRIX il y 2500 plans et dans PAS SUR LA BOUCHE 250, même si Resnais fait aussi de nombreuses prises.

C.: PAS SUR LA BOUCHE vous a redonné le goût à la chanson?

L.W.: Oh je ne l'avais pas perdu! Travailler avec des musiciens, être en studio d'enregistrement, j'adore ça, j'y passerais des heures. D'ailleurs j'ai un projet pour l'été prochain avec Bruno Fontaine où on présente les œuvres d'un compositeur qui a beaucoup marqué Resnais puisqu'il lui a demandé de faire la musique de STAVINSKY, c'est Stephen Sondheim qui est un monument en Amérique. Ca sera un spectacle mis en scène par Lewis Furey avec 4 chanteuses. J'ai eu aussi des projets de disques et de chansons mais avec la chanson de variétés je suis toujours un peu récalcitrant, parce que je pense que c'est un peu un autre métier. Sondheim c'est différent c'est du théâtre musical ça se rapproche du métier d'acteur. Mais dès qu'il faut faire de la variété, et pourtant j'adore ça, je ne sais pas pourquoi mais je me vois mal dans un clip, et puis vous imaginez les émissions de télé qu'il faudrait aller faire, la Star Academy...

C.: Sur scène avec 5 danseuses à la Star Ac'!

L.W.: J'adore regarder la Star Academy c'est une de mes émissions préférées, c'est un peu comme Resnais avec les épisodes des Sopranos. Comme je voyage pas mal en plus j'ai l'occasion de les voir dans plein de pays et j'ai une petite préférence pour la Star Academy lituanienne, les décors sont terribles. La Belge était pas mal non plus! Ah j'adore!(rires)

Sylvie Jacquy


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