Marie Gillain chez les mauvais garçons
Mais où va t'elle chercher toute cette énergie? A peine remise de son triomphe sur les planches parisiennes avec HYSTERIA mis en scène par John Malkovich, sur le point de partir en tournage avec ses compatriotes Cécile de France et Emilie Dequenne dans le prochain film d'Eric Rochant, nous avons eu la chance de rencontrer Marie Gillain à l'occasion de la sortie du petit dernier de Klapisch, NI POUR NI CONTRE (BIEN AU CONTRAIRE). Pétillante et rieuse, la petite liégeoise, qui mine de rien a déjà 12 ans de carrière derrière elle, nous a accordé quelques minutes de son précieux temps pour évoquer ce nouveau rôle haut en couleurs et à contre-emploi qu'elle incarne avec finesse et talent. Seul personnage principal féminin du film, avec humour et malice, pour un peu ce petit bout de femme volerait presque la vedette à la bande de garçons qui l'accompagnent pour cette promo où bonne humeur et simplicité semblent être les détonateurs. Sa jolie et nouvelle frimousse brune nous prouve une fois de plus que décidément elle ne compte pas pour des prunes. Cinopsis: Comment traduiriez-vous le titre un peu étrange et interrogateur de ce film? Marie Gillain: Il traduit un peu l'état du monde absurde et complexe d'aujourd'hui. On vit une époque où règne une certaine confusion, les choses ne sont pas noires ou blanches. Au départ mon personnage de Caty est une "rien du tout", une fille comme tout le monde qui aimerait bien devenir quelqu'un. Elle va rencontrer ces mauvais garçons et ses valeurs et ses intérêts vont progressivement changer. Ni pour, ni contre, bien au contraire c'est en quelque sorte son point de vue sur ce monde qui l'entoure. C.: Comment avez-vous construit ce personnage complexe de Caty? M.G.: Avec Cédric, on a travaillé pour lui donner au départ quelque chose d'assez passif et effacé. C'est quelqu'un qui au début du film n'est pas encore révélée à elle même, elle est plutôt masculine et n'a pas vraiment conscience de sa féminité. Le contact avec ces gangsters va lui permettre de trouver sa place. La construction du personnage s'est donc faite en plusieurs étapes, pour l'amener à glisser progressivement vers la noirceur. En fait, on a travaillé toutes sortes de choses un peu annexes, comme sa démarche, par exemple. Mais Cédric est quelqu'un de très pointu dans sa direction d'acteurs et il tenait aussi à ce qu'il y ait une véritable cohésion au sein du groupe, que chacun trouve sa place. C.: Justement quand on est la seule fille du groupe comment fait-on pour trouver sa place aussi bien sur le tournage que dans l'histoire? M.G.: Faut avoir des couilles, ce sont des féroces (rires)! Non, mais sérieusement, je sais pas trop, en fait ça n'a pas été trop compliqué. N'importe quelle fille qui a vécu dans un groupe de mecs sait que ce genre de situation est toujours assez flatteur. Vu que l'on est la seule fille il n'y a pas vraiment de compétition. On étaient tous sur la même longueur d'onde, il y a eu tout suite une cohésion et une cohérence dans le groupe grâce à l'humour, et il faut bien avouer que l'on a bien rit sur le tournage. C.: Vous êtes un peu l'oeil extérieur sur ce milieu de truands aussi bien à travers la caméra de Caty dans l'histoire que par votre regard candide et naïf. M.G.: J'étais un peu comme elle, hallucinée. Par exemple lorsqu'on était à Cannes et qu'ils ont tous essayé leurs slips de bain remontés jusqu'au nombril et leurs tongs, c'était un grand moment, j'ai beaucoup appris (rires)! C'est agréable de se fondre complètement dans le décor et d'assister en plus à des conversations auxquelles en principe on n'assiste jamais quand on est une fille. Y'a des trucs que des garçons ne disent jamais de peur de se dévaloriser quand une fille traîne dans les parages. J'étais un peu comme une petite souris qui avait droit aux blagues salaces, bref toutes ces petites choses qui font la finesse de la nature du genre masculin... C.: Au contact de ces mauvais garçons votre personnage va tomber progressivement dans une spirale infernale où l'élève n'est pas loin de dépasser ses maîtres, non? M.G.: Au départ elle a l'illusion que l'on a vraiment besoin d'elle et qu'on l'aime dans ce groupe. Et puis en fait elle se rend compte presque quand il est trop tard qu'elle est utilisée. Cette désillusion, l'appât du gain et ses tentations, ce besoin d'exister, vont lentement la faire se détacher du groupe et glisser, la rendre de plus en plus individualiste. En fait les choix qu'elle fait l'entraînent dans une spirale où rien ne peut l'arrêter. Elle était passive, elle devient avide et active. C.: Vous n'avez pas été surprise par la gravité du sujet que Cédric Klapisch vous proposait, ce n'est pas une histoire morale du tout selon les codes habituels du cinéma. M.G.: Mais qu'est-ce qu'un film moral? En même temps il aborde un aspect de la société qui existe. On nous demande souvent si on a pas peur vis à vis de la jeunesse de véhiculer un discours faisant l'apologie de la violence. Non, la violence dans le cinéma est trop souvent banalisée ou magnifiée, genre c'est super d'être un gangster. Dans ce film c'est loin d'être super c'est même plutôt glauque. La réussite du film je pense, tient du fait qu'on arrive à faire rentrer le spectateur dans le quotidien et l'intimité de ces gangsters sans en faire des caricatures ni les encenser. Ce n'est pas un film sur les gangsters et le banditisme, c'est un film sur des gens qui s'avèrent être des gangsters, ce n'est pas la même chose. C.: Si les armes des hommes dans le film sont les flingues, celles des femmes et notamment celles que Caty va utiliser sont tout autre. Votre transformation physique y est d'ailleurs étonnante. M.G.: Je m'étais vraiment habituée aux godillots et à la parka, j'avais l'impression d'être devenue "parkawoman" et j'étais tellement intégrée dans un rapport de non-séduction avec mes partenaires que tout d'un coup quand je me suis retrouvée à devoir jouer de mes atouts de femme, ça m'a quand même un peu perturbée. J'étais presque gênée quand je suis arrivée sur le plateau avec mes talons aiguilles et ma robe courte. Je me sentais un peu gauche. Mais bon contrairement aux call-girls du film, elle se transforme en femme fatale dans un autre but que le fantasme, en fait c'est sa panoplie de bandit à elle, son arme pour accomplir une mission. Ce n'est pas de la séduction gratuite. D'ailleurs elle a une vulnérabilité qui contraste avec son déguisement. C.: On n'a pas eu l'habitude de vous voir aussi sexy, vous cassez votre image de jeune fille gentille et fragile. M.G.: Ecoutez, c'est peut-être un appel, une bouteille jetée à la mer, qui sait!
Sylvie Jacquy
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