Titre français: Secrets Et Mensonges

Durée: 142‘
Genre:
Date de sortie: 17/09/1996
Cotation: **** (de ooo -restez chez vous- à **** -rdv de toute urgence au cinéma)

Hortense, une jeune noire, optométriste, adoptée par un couple aisé, cherche sa mère naturelle. Elle retrouve sa mère naturelle, la mère d'une autre fille. Simples ouvrières, elles vivent dans une petite maison de cité. Hortense va être le détonateur qui fera éclater au grand jour les secrets de cette famille déchirée.

La rentrée cinématographique 96-97 est celle du film social. Vous devrez attendre début octobre pour découvrir LA PROMESSE, des frères Dardenne, mais avant cela, vous pouvez vous précipiter sans hésiter dans les salles pour voir le chef-d’oeuvre de Mike Leigh, SECRETS AND LIES. rn

Ce film est un véritable événement. D’abord, parce qu’il a reçu -à juste titre- deux palmes d’or à Cannes: celle du meilleur film et celle de la meilleure interprétation féminine, pour Brenda Blethyn. Ensuite, parce qu’il apporte la consécration à un réalisateur brillant, un solitaire au coeur pur, qui réussit enfin à toucher le grand public. rn

Mike Leigh, à qui l’on doit l’étrange NAKED, une comédie noire et désespérée, centre son histoire sur ses personnages, sur leurs tourments, leurs secrets et mensonges. L’histoire rayonne dans tous les sens, sans jamais se perdre ni s’emberlificoter. Leigh aborde le problème du racisme, de l’alcoolisme, de la pauvreté, du travail à la chaîne, de toutes les tromperies qui pourrissent les relations humaines. Le réalisateur britannique soigne les moindres détails. D’innombrables pistes secondaires enrichissent le récit et lui donnent cet accent de vérité qui bouleverse le spectateur. Le ton est intelligent et juste, drôle et triste. SECRETS AND LIES distille avec simplicité une émotion sincère. rn

Le film repose sur les personnages. Que ce soit du rôle principal au plus insignifiant second rôle, ils ont tous leurs états d’âme et leur passé, qu’on ressent très nettement à travers le jeu des acteurs, irréprochable. Mike Leigh préfère engager des inconnus, afin de donner plus de force à son récit. Pari réussi. Brenda Blethyn interprète avec une justesse extraordinaire cette mère en quête d’amour. Quant à Timothy Spall, il n’a pas à rougir de son rôle de photographe généreux et triste.
Leigh analyse minutieusement tous ses personnages. Il les dépeint avec force et tendresse. En nous présentant une galerie de caractères aussi distincts et riches, il nous offre à chacun une identité en qui nous pouvons nous reconnaître. rn

Difficile de ne pas penser à Ken Loach ou à Stephen Frears en voyant SECRETS AND LIES. Mais Mike Leigh possède sa touche personnelle. C’est une sorte de magie douce qui envoûte le film du début jusqu’à la fin, et qui adoucit la rudesse de son propos. D’abord, des clins d’oeil ironiques et subtils, parcimonieusement répartis tout au long du récit. Ensuite, un cadrage axé sur le visage des acteurs. Enfin, un montage alterné: des prises de vue tantôt longues et fixes (à la Cassavettes) entrecoupées de scènes courtes et rythmées. Le réalisateur transcende son oeuvre et se place en marge de ses compatriotes. rn

Pas de doute, SECRETS AND LIES est universel, par sa forme et son propos. Comment ne pas verser de larmes devant tant de vérité? Comment rester insensible face à cette dénonciation sincère de notre société? SECRETS AND LIES ne se regarde pas, il se vit. Pour une fois, n’écoutez pas l’appel de la publicité promotionnelle assourdissante, à la ID4, écoutez votre coeur.

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Vraiment.

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Journaliste