Titre français: Les Idiots
Réalisation:
Interprètes: Bodil Jørgensen, Jens Albinus, Anne Louise Hassing, Troels Lyby
Scénario: Lars von Trier

Durée: 115‘
Genre:
Date de sortie: 19/05/1998
Cotation: **** (de ooo -restez chez vous- à **** -rdv de toute urgence au cinéma)

Un groupe d'amis au pour passe-temps favori d'imiter des handicapés mentaux en public. Pas juste pour s'amuser, mais pour confronter la société à ses peurs, ses tabous et ses manquements. Dirigés par un chef charismatique, ils recrutent des nouveaux pour agrandir leur communauté d'"idiots"...rn

Le cercle des réalisateurs qui continuent à faire progresser l’art cinématographique cinéma est restreint. On y trouve, bien sûr, David Lynch, l’auteur américain du magnifique LOST HIGHWAY, un film conceptuel monté en lemniscate. A ses côtés, le Canadien David Cronenberg, qui jette ses fantasmes de chair et d’acier sur l’écran avec une froideur et une esthétique morbides, l’apogée étant l’inoubliable CRASH. Enfin, si on devait citer un cinéaste asiatique, c’est peut-être le déjanté Tsukamoto, le réalisateur des TETSUO et plus récemment de TOKYO FIST. Expérimentateur de l’image, le Japonais a réussi, en dehors du circuit traditionnel, à monter un style personnel agressif, urbain et inédit. Aux côtés de ces trois maîtres (un courte liste que vous-même compléterez de quelques noms suivant votre sensibilité), il faudra inscrire Lars von Trier. THE IDIOTS est, à ce jour, un véritable aboutissement dans son oeuvre. Le Danois a démontré qu’il était non seulement une personnalité à part entière du septième art, mais aussi que le vrai cinéma, celui qui vous prend aux tripes et qui raconte quelque chose d’intéressant, est un cinéma réaliste et minimaliste.

THE IDIOTS surpasse en intensité BREAKING THE WAVES, grand prix du jury à Cannes. Il prend à contre-pied les amateurs de THE KINGDOM, cette série fantastique culte qui arrive difficilement sur nos écrans TV.
L’histoire suit une bande d’amis dont le passe-temps favori est d’imiter des handicapés mentaux en public. Von Trier suit ce microcosme dans toutes ses expériences. En parallèle, il dresse un portrait individuel des différents participants. Le sujet, très délicat (le handicap, surtout mental, est un tabou par excellence), sert de prétexte au Danois pour aborder une multitude de thèmes. Il parle d’amour et de sexe. Il s’immisce dans le monde du business et de la politique, expose leur hypocrisie. Il nous confronte à la mort et au chagrin des vivants, sans nous laisser la moindre chance d’esquiver les coups. THE IDIOTS est un film bélier, qu’on prend dans la figure et qui brise nos certitudes en éclats douloureux.

La réalisation est à l’avenant. On connaît le goût de von Trier pour le style documentaire. Ici, il va encore plus loin, appliquant les règles du Dogma 95 qu’il a établi avec trois de ses compatriotes. Caméra à l’épaule, sautes d’axe, son naturel, éclairage naturel (au risque d’avoir des surexpositions): l’image est brute, par conséquent brutale. Les acteurs, entre l’improvisation et le script, nous livrent une performance irréprochable. A se demander s’ils n’ont pas vraiment vécu ce qu’on voit à l’écran…

On pourrait deviser à l’infini sur THE IDIOTS. Abstenons-nous. L’intérêt du film, d’ailleurs, est qu’il suscite la réflexion, sans imposer une vision carrée et subjective. Lars von Trier sème de multiples pistes tout au long de son histoire. Aux spectateurs de les suivre… THE IDIOTS est un des films les plus importants de ces dernières années. Un film cependant à réserver aux personnes averties.

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Journaliste