Titre français: La Dernière Marche

Genre:
Date de sortie: 30/12/1997
Cotation: **** (de ooo -restez chez vous- à **** -rdv de toute urgence au cinéma)

Matthew Poncelet attend son exécution dans le couloir de la mort alors qu'il nie avoir violé et tué une jeune fille. Soeur Prejean accepte de le soutenir pendant les dernières semaines de sa vie et d'éventuellement obtenir sa grâce. Elle fait le tour des relations de la victime et du condamné...

On en avait le sentiment en voyant son parcours d’acteur notamment chez Altman et dans THE SHAWSHANK REDEMPTION, avec des rôles toujours à multiples facettes, jamais sommaires. Ce sentiment s’était renforcé à la vision de BOB ROBERTS, son premier long métrage en tant que réalisateur. En voyant DEAD MAN WALKING, le sentiment devient une certitude : Tim Robbins est un tout grand monsieur du 7ème art. Non content d’être un excellent comédien doublé d’un excellent metteur en scène, il développe à travers son travail un véritable point de vue sur son environnement de travail (THE PLAYER d’Altman), sur les aspects politiques et sociaux de son pays (SHORT CUTS d’Altman et ses propres réalisations) qui débouchent en final sur un questionnement profond sur l’Homme et sa complexité intrinsèque.

Avec DEAD MAN WALKING, il ne fait pas exception puisqu’il touche un sujet sensible entre tous : la peine de mort. Un sujet qui touche tout un chacun au plus profond de lui-même puisqu’il est lié à la conception même que nous avons de l’Homme, de ses droits vis à vis de ses pairs, de ses droits sur la vie.

Disons-le d’emblée, la démarche intellectuelle est parfaitement maîtrisée et la tenue artistique à tout point sans faille.

La qualité principale du film concerne donc sa démarche intellectuelle. Le choix de Robbins est de partir d’un cas anecdotique pour aboutir à une réflexion globale sur le sujet. Il s’écarte ainsi de la voie toute tracée, très hollywoodienne, de la démonstration. A la fin du film, c’est au spectateur de se faire son opinion. Robbins s’est simplement chargé de lui donner les outils nécessaires à une réflexion en profondeur. Car même s’il semble évident que le réalisateur ait fait un choix, jamais il ne l’impose au spectateur. Il reste à tout moment d’une totale honnêteté intellectuelle vis-à-vis de son sujet. Par exemple, il ne noircira jamais les partisans de la peine de mort, de même qu’il n’essaiera pas de nous rendre l’assassin sympathique. Il ne nous donne à voir que des hommes et des femmes avec leurs drames, leurs faiblesses, leurs peurs et, heureusement, parfois leur grandeur.

Le propos tenu par Robbins dans son film est donc à lui seul une excellente raison de se précipiter le voir. Mais ce n’est pas l’unique, loin s’en faut. La mise en scène en est une autre tout aussi remarquable! Notamment, l’absence de musique sur les dialogues importants est à saluer avec ferveur. En général l’utilisation de la musique permet d’indiquer au spectateur le sentiment qu’il est censé ressentir. A tel point que le dialogue proprement dit est dans certains cas absolument inutile tout étant dit par la musique. Par contre, lorsqu’aucune musique ne soutient un dialogue, le spectateur a un rôle à jouer dans ce qui se passe à l’écran. Il se retrouve obligé d’écouter ce qui se dit, d’aller chercher au coeur de l’interprétation des comédiens les sentiments qui s’expriment et de les confronter à sa propre sensibilité. Peu nombreux sont les metteurs en scène qui se risquent à ce genre d’exercice, Clint Eastwood dans BRIDGES OF MADISON COUNTY s’y risquait avec bonheur également, où les émotions du film, et par conséquent le spectateur, sont laissés en liberté.

Impossible de conclure sans évoquer la maîtrise de la direction d’acteur. Susan Sarandon (une des seules actrices hollywoodiennes à accepter de tourner sans maquillage), dans un rôle tout en retenue essentiellement basé sur la capacité d’écouter l’autre, et Sean Penn en crapule rongée par la haine et l’angoisse, dominent l’ensemble du film par la constante qualité de leurs prestations d’où est absent tout pathos sentimental.

En réalisant un film en rupture avec la plupart des habitudes hollywoodiennes face à un tel sujet, Tim Robbins vient de s’imposer comme une des personnalités les plus passionnantes de la Mecque du cinéma. Avec des gens comme Eastwood, Gilliam, Fincher et Mann, il offre des raisons de croire que les grands studios de la Cité des Anges sont à nouveau capables de nous surprendre et de nous emporter.

Pourvu que cela dure.

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Journaliste